Emmanuel Hiriart- Directeur de la Photographie

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De quoi Aaton est-il le nom?

La France se targue d’être un grand pays de cinéma ou du cinéma selon que l’on aille jusqu’à penser qu’elle l’a inventé et qu’elle se situe au centre de ce monde. Pourtant c’est bien à l’écart de tout cela loin en périphérie que se trouve sa place en matière de développement et de fabrication de caméras ou d’enregistreur sonore.

Beauviala_Aaton

Jean-Pierre Beauviala, ingénieur conseil chez Éclair-caméras fonda il y a quarante ans la société Aaton afin de proposer des caméras ergonomiques et de grande qualité ainsi que le Cantar un enregistreur numérique. Voilà pour l’histoire rapide, mais dernièrement Aaton tentait de sortir sa première caméra numérique en cherchant à proposer un matériel suivant le même cahier des charges que pour celles utilisant la pellicule. Beauviala désirant avec sa Pénélope-Delta, pouvoir rivaliser avec la qualité d’une image analogique et avouait que pour atteindre ce but il s’était tourné vers le meilleur capteur au monde. Le dispositif et la démarche semblent intéressants je vais donc les résumer ici. Tout d’abord le constructeur en question fut Dalsa, une entreprise canadienne spécialisée dans le domaine des capteurs et des semi-conducteurs, créée en 1980 et, propriété, depuis 2010 du groupe Teledyne Technologies. La sonde Curiosity et de nombreux satellites de la NASA sont en effet équipés de capteursDalsa restituant, parait-il, une colorimétrie parfaite nécessaire à la lecture des masses rocheuses de Mars.

Autre ajout technologique voulu par Aaton et qui en dit long sur leur philosophie, un procédé d’imitation de la pellicule et de sa manière de capter les photons. Le capteur numérique devait mimer les grains sensibles à la lumière grâce à un cadre en titane souple mais très robuste permettant un déplacement aléatoire du capteur à chaque image (de l’ordre de un demi pixel, qui est recalculé est donc corrigé par la suite). Pas de 3D, pas de capteur surdimensioné, pas de haute fréquence d’images par seconde, Aaton devait séduire son public sur la base de ces caméras argentiques et de son savoir faire en la matière. Beauviala défendait alors le cinéma comme une interprétation de la réalité et non pas comme une reproduction naturaliste.

Penelope interface

Si Aaton est rentrée tardivement sur le marché du numérique c’est avant tout par amour de la pellicule, mais aussi parce que cette vision qualitative de l’image de cinéma entrainait forcément une critique acerbe mais étudiée de celle produite par les concurrents passés ou créé à l’ère numérique. Cette vision un peu passéiste Beauviala la revendiquait presque en affirmant que la "révolution numérique est venue par la projection en salles".  S’il ne se trompait pas dans son constat sur cette imposition et ses raisons par les grands studios il oubliait toutefois que avant de pouvoir être projeté ainsi le numérique existait en tant que caméra et que Dalsa par exemple proposait en 2006 déjà un engin capable de 4K. Qu’il ait voulu dès lors rentrer dans l’arène de cette révolution en cherchant à développer une caméra ergonomique et de qualité reste un point que l’on ne peut reprocher à Beauviala.  Pour le reste c’est bien la recherche est développement qui a plongée Aaton dans le gouffre, car le problème vint du capteur en question qui a vouloir trop en faire n’était pas capable de restituer une image de qualité. La caméra numérique n’est pas (plus) une simple conversion d’un modèle argentique en un modèle sur lequel on a placé un capteur mais bien une conception à part entière avec un cahier des charges bien précis. Et c’est donc ces choix techniques qui aujourd’hui coutent à Aaton d’être placée en redressement judiciaire.

Le Cinéma français qui s’offusque des salaires de ses acteurs, qui comprend mal comment un projet largement financé par ailleurs vient tout de même quémander une participation des internautes pour boucler son budget, et dans notre cas qui ne comprend pas pourquoi le troisième pays du cinéma n’est pas capable de proposer une caméra française, devrait surtout se poser la question du modèle économique de son industrie et de sa capacité à investir dans la recherche et le développement et à soutenir une industrie de pointe. Aaton reste viable souhaitons leur le meilleur et de traverser cette crise (une de plus) pour enfin nous délivrer leur projet de petite caméra numérique de documentaire visé reflex type A-Minima c’est le plus grand mal que l’on se souhaite.

Loin de cette ambiance de fin de séance dans un tribunal qui jugera de la faisabilité et du projet du futur repreneur de Aaton je voulais profiter de ce billet pour vanter les qualités d’un petit produit simpliste néozélandais d’origine que j’ai adopté pour les timelapses que je devais réaliser avec un appareil photographique reflex numérique.

Syrp_Genie

Le Syrp c’est son nom, combine un moteur capable de rotation à 360° ou de travelling le long d’une petite cordelette et un cerveau-logiciel, capable de communiquer avec n’importe quel hdslr du marché afin de déclencher l’appareil après chaque mouvement à la vitesse voulu par l’utilisateur. Un petit compagnon idéal pour les pans parfaits et les travellings impossibles, la caméra fixée sur un simple skateboard tracté par une corde attachée à un arbre…

Vous l’aurez compris on est loin de la technicité du capteur Dalsa dont on parlait plus haut, mais, la robustesse et le plaisir de se construire des plateformes que l’on pourra rendre mobile grâce à ce petit boitier qui va piloter lui même le timelapse donne envie d’aller vous poser au bord d’un beau paysage après quelques construction de mécanos et de lancer l’enregistrement en Raw et pourquoi pas en HDR (si vous avez la patience de combiner, fusionner et ajuster autant d’images nécessaires à votre film). Voilà à quoi je passe mon temps en ce moment même. Un grand merci à Syrp pour leur petite invention sans prétention dont j’espère pouvoir vous faire un compte rendu complet au cours d’un tournage à venir. Aller à la pêche aux informations sur leur site vous tomberez sous le charme.

http://syrp.co.nz/products/

Autopromotion

Je profite du NAB 2013 pour faire un peu d’autopromotion du travail que j’ai pu effectuer ces derniers temps notamment pour des télévisions et clients au Moyen Orient mais aussi en Europe. Ces images proviennent de quelques beaux voyages à Singapour avec Benny Ong, à Jakarta, en Europe du nord ou de l’est, à Paris pour des timelapses , au Liban, dans des camps de réfugiés avec l’UNRWA  et jusque sur quelques plages Cannoises aussi avec Clémence Poesy.  Dans le déluge d’annonce du salon mondial de Las Vegas dont je promets de faire prochainement un petit compte rendu et une analyse des tendances voilà un peu de nostalgie et un retour sur un peu plus d’un an de travail et de rencontres.

The Tree Of Life, Malick et Lubezki écrivent un nouveau dogme

Après avoir soutenu à travers deux articles récents, que le seul but de nos métiers était la création et donc sa partie artistique et non pas l’éphémère conviction de liberté ou d’émancipation due à de récentes et sophistiquées technologies, je voudrais aujourd’hui appuyer mon propos par l’étude d’un cas d’école voire d’un chef d’oeuvre. J’ai eu la chance de découvrir "The Tree of life" à Cannes lors de mon séjour sur la croisette pour les webséries "Mon Premier Cannes" et "États Critiques" pour le journal Le Monde.

http://www.lemonde.fr/festival-de-cannes/video/2011/05/21/etats-critiques-1-4-a-propos-de-the-tree-of-life_1525667_766360.html

C’est notamment quelques conversations avec Jean Luc Douin, journaliste du Monde qui m’ont apportées un éclairage nouveau sur le Cinéma de Terrence Malick. Voilà pourquoi j’ai profité de sa sortie en salles pour revoir le film qui depuis avait reçu la Palme d’or, et j’ai pu étancher ma soif de comprendre le film grâce notamment à un article de American Cinematographer auquel je fais référence ici car de toute façon les interviews de Malick sont trop rares et celles sur le travail autour de ces films aussi.

Et afin de creuser les raisons d’un tel film, je me tourne et c’est bien naturel pour un directeur de la photographie vers les explications de Emmanuel Lubezki qui a officé sur de nombreux films de Malick et a pu ainsi écrire avec lui les pages d’un "nouveau dogme" dont je vais commencer par exposer les règles afin de montrer à travers des cas concrets dans ce film référence ce que peut être un point de vue filmique tant dans la réalisation que dans la lumière.

Tout d’abord qui est Emmanuel Lubezki ? Le directeur de la photographie né au Mexique en 1964 fut nommé 4 fois pour les Oscars, en 1996 pour Little Princess, en 2000 pour Sleepy Hollow, en 2006 pour The New World de Terrence Malick et en 2007 pour le très bon Children of Men. L’homme est discret et la liste complète des très bons films sur lesquels il a travaillé est longue je n’en citerai que deux, symptomatiques, selon moi, de toute la palette dont il est capable, The Assassination of Richard Nixon ou encore Burn After Reading.

On sait l’homme capable de tous les défis, dont les plus fous, filmer avec un diaph constant, et l’on comprendra mieux encore le film "odyssey" de Malick à la lecture du travail qu’il a pu effectuer avec le réalisateur à l’occasion de ce film.

En se fixant des règles de conduites aussi simples apparemment que tourner en lumière naturelle le plus possible, au point que les lumières artificielles leurs paraissaient étranges à regarder. Chercher à conserver de « vrais noirs » sans jamais sous exposer. Préserver tout la latitude de l’image et de la pellicule et  garder un maximum de résolution pour un minimum de grain, éviter les flares ou l’utilisation de couleurs primaires dans l’image, le tandem Malick et Lubezki va élaborer une méthode de travail qui va aboutir d’un film évènement à bien des niveaux, un chef d’oeuvre selon moi, dont je délivre ici les dessous sous un aspect technique.

Tout d’abord l’homme nous avoue son amour pour la pellicule et souhaiterait plus que tout que le tournage se suffise à lui même sans être obligé d’en passer par une étape de numérisation. L’affection qu’il porte au film démontre sa grande connaissance du métier et de l’art de restituer toute la profondeur d’un film sur un négatif. A l’heure où dès le tournage on entend trop souvent dire que l’on réglera plus tard en post-production le ou les problèmes rencontrés sur le plateau, Lubezki paraît être un homme à l’ancienne qui excelle dans son art et dont le point de vue n’est jamais une posture ou une tendance mais une action réfléchie qui aura un impact sur l’histoire, sur le jeu de acteurs, sur le spectateur.

Sur The Tree of Life, il va utiliser 3 caméras Arri, deux Arricams Lite et une petite Arri 235 pour les actions à l’épaule. La plupart des scènes sont tournées ainsi ou au SteadyCam, opéré par Joerg Widmer, seules dix pour cent du métrage le sont au trépied. Et tout cela non pas dans le but de donner un effet bougé mais bien pour donner toute la liberté aux acteurs et notamment aux enfants d’évoluer et de mener finalement la danse de cette très belle chorégraphie. Pour répondre à la problématique de la résolution et du grain de l’image le choix va se porter sur de la pellicule KodakVision 2 50T 5218 et 200T 5217 mais aucun filtre, à part un polarisant ne sera utiliser pour ne pas altérer la lumière et la qualité de l’image naturelle et le film sera capturé au format 1.85 :1 en 4 perfs toujours dans un soucis d’éviter le grain du super 35 car la majorité des scènes sont des plans très serrés des enfants ou des visages.

Une autre règle va aussi très vite se mettre en place sur la plateau, aucune marque au sol ne viendra signifier aux acteurs où se placer. Ceci dans le seul but de leur laisser toute liberté de mouvement et que leurs jeux (au sens propre, ceux des enfants) mais aussi leurs émotions et leurs envies s’expriment sans entraves et qu’ils mènent la danse avec la caméra et les opérateurs. Ceux-ci vont alors s’autoriser des mouvements de caméra suivant tous les axes et s’adaptant au mieux à la scène et à la façon dont les acteurs la joueront. L’espace ne sera pas rigide et on sera libre de s’y promener, acteurs et opérateurs formant un couple évoluant dans une sorte de valse.

Et afin de restituer au mieux cette émotion et cette sensation de flottement de la caméra, Lubezki va utiliser des objectifs grands angles. Les séries Arri ou ZeissUltra Primes de 14mm à 27mm qui lui permettront de rester au plus près de ces visages, rarement plus de 80 cm en réalité.

Enfin les trois caméras seront toujours prêtes et chargées, l’opérateur faisant la mise au point étant équipé d’un système sans fil configuré pour toutes les caméras, ainsi sans « casser » la dynamique de la scène les opérateurs passaient d’une caméra à l’autre ou simplement permutaient leurs places à la fin d’un magasin. En passant ainsi du steadycam à la Arri235 le tandem permettait ainsi une très grande fluidité et conservait au tournage toute son atmosphère et son energie. Un de ces rares tournages sur lequel on filme plus que l’on attend selon Jack Fish qui a travaillé avec Malick depuis Badlans en 1993, qui reconnaît que le réalisateur a bien une pratique assez unique de la direction d’acteur et de l’organisation des tournages. Il tourne en fait peu de filme ce qui lui laisse le temps de méditer pendant de longues années sur un film, pour autant il veut aussi y adjoindre un aspect « non préparé » et plus émotionnel qui ne peut se dégager que lors du tournage en lui-même.

Cette gymnastique autour des acteurs et autour des caméras n’allait pas sans poser des problèmes de diaph notamment, Lubezki appliquant à la lettre la règle voulant que l’on tourne quasi exclusivement à la lumière naturelle venant de l’extérieur il lui arrive de débuter une prise à T8 et de la terminer à T1.3 afin de contre balancer l’arrivé de nuages dans le ciel.  Mais plus encore le choix de ne pas disposer de réflecteurs afin de laisser le champ libre aux acteurs et à la caméra, et de ne jamais sous exposer un plan oblige le directeur de la photographie à faire des choix afin de filmer toute la famille autour d’une même table alors de 2 diaph séparent la bonne exposition des visages de chacun, et que l’extérieur qui apparaît par les fenêtres nécessiterait T64, pourtant à l’image tout paraît justement éclairé et tous les détails apparaissent, y compris ceux du ciel ou de l’herbe.

Pour se permettre de tourner de telles scènes Malick va utiliser un subterfuge assez simple, utiliser trois maisons quasi identiques mais orientées différemment afin de pouvoir tourner à plusieurs moments de la journée sans se soucier du temps qui passe et là aussi ne pas trop casser l’essence de chaque prise.

Concernant les extérieurs jour Lubezki va jouer avec les contre jour d’une part car il pense que cela apporte une profondeur dans l’image mais aussi afin de permettre les raccords au montage plus facilement entre deux scènes tournées à deux moment très différents voire dans des endroits éloignés. Quand je parle ici d’endroits différents il faut comprendre aussi des scènes baignées par une lumière hivernale du matin ou estivale du soir. Et selon lui, c’est en évitant au spectateur de pouvoir percevoir ces différences de qualité de lumière de manière directe sur le visage des acteurs que le montage peut être cohérent.

Au point d’avoir parfois placé dans une même scène les deux acteurs à contre jour alors qu’ils sont sensés être face à face à l’écran. Ainsi revoyez la séquence ou Jack (Brad Pitt) apprend à son fils à se battre et notez que cette impossibilité physique fonctionne en terme de montage et de récit filmique.

Lors des intérieurs nuit aussi l’on peut considérer que Lubezki va se jouer de la lumière et donc du spectateur car il choisira un seul dispositif portable de type Chimera 2K qu’un assistant promènera au fur et à mesure de l’évolution de la caméra et des acteurs dans la pièce recréant ainsi cet effet de lumière mouvante que pourtant, le spectateur ne perçoit pas au premier coup d’œil.

Enfin il faut noter le grand travail de colorisation effectué par Steve Scott de EFilm afin de d’abord de restituer la latitude et les détails dans les blancs perdus selon Lubezki du fait du trop grand contraste présent sur les négatifs qui nécessitent désormais un passage obligé par de la numérisation, mais aussi afin d’intégrer la séquence de 20 minutes nommée « Création ». Tout le matériel se rapportant à cet unique scène provenant en effet de sources aussi nombreuses que différentes allant du 65mm au 35mm en passant par du 4K d’une RED One ou encore du HD d’une Phantom ou de clichés RAW d’un Canon.

Si l’œuvre est magique sur le fond vous en savez désormais un peu plus sur la forme et sur l’un des artistes qui personnellement me fait aimer mon travail mais aussi et surtout aller au cinéma. Le film est sorti au moment où j’écris ces lignes, en DvD mais j’hésite à reproduire l’expérience sur un simple téléviseur aussi bon soit-il, de peur de dénaturer une partie du film. Et afin de ne pas trop abîmer l’image je vous conseille d’acquérir plutôt le BluRay version États-Unis édité par 20th Century Fox dont l’encodage est bien meilleur que celui en version française de Europa, pour exemple le débit moyen sur le premier est de 33725 Kbps contre seulement 25431 Kbps pour le second.

Pour terminer un conseil de lecture sur le sujet, le mémoire de fin d’étude de Benjamin Roux présenté à l’école nationale supérieure Louis Lumière en 2009 sur : "Lumière naturelle, entre réalisme et émotions." où il est bien sur question de Terrence Malick.

L’évolution technologique dans l’industrie du cinéma, une bataille perdue d’avance par les salles de cinéma?

Je racontais dans des billets précédents comment le cinéma et sa diffusion en salle se tirait une balle dans la jambe en projetant des films en 3d relief ou pas (au scénario et la réalisation souvent sans relief)  dans un format numérique grâce à des projecteurs 2K très proches de fait de la qualité des meilleurs écrans de télévisions actuels et bien en deçà des futurs dalles 4K.

En effet cette future norme appelée UltraHD (sur la base d’un Codec H265) semble, d’une part marquer une étape décisive dans nos standards de tournage et de diffusion, mais aussi, rendre obsolète ces projecteurs 2K dans lesquels les salles auront investi  de larges sommes pour se mettre à jour sans que ce matériel puisse être amorti ni même diffuser dignement les classiques qui ne seront pas numérisés (ou numérisés dans une autre norme). Ni même concurrencer un futur homecinéma. Car sur ce terrain là les salles obscures semblent prendre le chemin des laboratoires (qui ne restaurent, ni ne numérisent les films sur celluloïd qui, pourtant, représenteraient un réel marché). Et pendant ce temps, de nombreux acteurs de notre métier, de la captation à la diffusion, préparent des outils de tournage en 6K et des moyens de diffuser ces images sur des téléviseurs 4K (Si bon nombre de constructeurs de dalles LCD, Plasma ou Oled proposent déjà des écrans 4K, RED devrait aussi officialiser son projecteur et son diffuseur de contenu en 4K au prochain NAB) voire du téléchargement du contenu dans ce format d’ici deux ans tout au plus, si l’on en croit les dernières déclarations de Neil Hunt (chef de produit chez Netflix). On dit à se propos qu’il ne se vendra en 2013 que 2,6 millions de téléviseurs 4K, une "goutte d’eau" qui pourrait vite faire déborder le vase de notre petit monde.

Tournage House of cards

Car la donne changera aussi, on l’a vu en contre exemple avec la 3d relief, lorsque des contenus en quantité et en qualité suffisantes seront à disposition du public. Et à ce titre là l’internet pourrait aussi révolutionner nos habitudes. Les quelques problèmes techniques encore présents aujourd’hui, notamment ceux liés au coût d’utilisation de bandes passantes qui opposent Free, Google, Youtube, Apple et autres, pourraient, en effet,  trouver,  très vite, une solution à travers l’installation de fermes de serveurs chez les opérateurs eux mêmes, qui serviront de point de distribution de ces contenus.

Cette technologie appelée Open connect va permettre une baisse des couts de ce moyen de diffusion et également une meilleure qualité et vitesse de téléchargement pour le client de ces réseaux privé, payants et pour l’instant strictement occidentaux voire anglophone. Pour l’instant, la France n’est pas concernée par le projet Netflix qui n’est pas accessible depuis l’hexagone. Une fois cette question épineuse, des couts, réglée, et celle de la rétribution des auteurs légaux de ces contenus. A ce titre l’accord récent entre la Sacem et Youtube semble indiquer que tous les acteurs de l’industrie reconnaissent la viabilité de cette diffusion et donc que ce concurrent déloyal qu’était l’internet est bel est bien rentré dans la cour des grands diffuseurs. Si d’ici un an ou deux comme l’annonce Netflix celle-ci est effectivement capable de diffuser en streaming un épisode d’une future saison de House of cards  (David Fincher) par exemple, dans le format d’origine de tournage, à savoir du 4K (depuis une Epic de chez Red), alors on aura effectivement fait un grand pas technologique, un saut qui créera un grand vide entre cette diffusion et celle proposée par les cinéma ayant du investir il y a peu dans le 2K.

David Fincher et Epic sur le plateau de House of cards

Dès lors, quid de ces salles de cinéma, si les contenus sont disponibles sur ces réseaux  plus rapidement, de manière moins onéreuse et surtout dans une meilleure qualité et partout en même temps. La fin des labos et la fin de l’apprentissage des métiers liés à la pellicule dans les écoles de photographie et de cinéma et dans les formations techniques notamment celle de projectionniste, tous ces facteurs indiquent que les salles de cinéma ont bien un grave souci à affronter sans disposer d’armes adaptées à cette menace bien réelle. Car elle seront à armes inégales dans la diffusion d’oeuvres récentes et incapables de rediffuser des "classiques" sur pellicule.

L’industrie devra aussi délivrer des films disposant d’une meilleure qualité de tournage et se mettre d’accord sur les formats "intermédiaires" afin de remplacer le, déjà totalement obsolète, 1080P même à près de 100Mb/s en MPEG-2 ou H264. Que personne ne va regretter j’en suis sur.

Sans parler que les premiers tâtonnements sur les hautes fréquences d’images (48 ou 60 voire 120P ) doivent aussi trouver une norme commune afin de s’adapter au matériel à venir (le HDMI est incapable de diffuser à 120P aujourd’hui).

Le prochain NAB devra surement nous apporter quelques outils en développement que nous utiliserons après demain mais en espérant aussi que nous n’aurons pas besoin d’investir tous les deux ans pour satisfaire aux avancées technologiques un peu comme nous changeons de téléphone portable aujourd’hui pour simplement pouvoir appeler comme en 1998 mais avec un firmware à jour et de nombreux "avantages" couteux.

Samsara tournage

Pour appuyer ce propos et à la fois défendre paradoxalement le métier traditionnel qui est le notre, je vous invite à aller voir en salle,  Samsara de Ron Fricke, qui a su capturer, comme l’avait fait le premier opus, Baraka en 1992, la beauté du monde. De manière peut être plus urbaine, Samsara visite ansi 25 pays lors d’un tournage qui a duré plus de cinq ans grâce à une caméra Panavision HSSM 5 perf-65mm. Et, il y a beaucoup à méditer du choix de tourner en pellicule de la part du réalisateur. En effet, en 2006 seule une caméra numérique était capable de 4K, la Dalsa, encore à l’état de prototype et la caméra utilisée sur Baraka (todd-AO AP 65) n’était plus elle, disponible. Dès lors, le choix judicieux de Fricke se portera sur une caméra construite à la main, en 1959, selon une technologie haute vitesse Mitchell datant de 1930. En pratique pourtant les réalisateurs ne dépasseront guère 48 images par seconde sur cette antiquité capable de monter à 72im/s, dont le viewfinder sera tout de même modifié pour apporter un plus grand confort moderne au caméraman. Ils durent modifier de manière artisanale les magasins de la pellicule et affronter des altitudes ou des températures extrêmes pour ce long tournage et dans les quelques rares occasions où la caméra tombait en panne ils la répareraient eux même sur place.Une pratique que l’on est plus prêt de trouver lors de nos tournages.

Enfin le résultat final fut scanné à 8K sur un Imagica 12K Bigfoot 65mm (200 Mo/image) et "réduit" à 4K pour les effets spéciaux et la diffusion dans ce format au sein d’un réseau nord américain disposant de 11.000 salles acquises à ce format numérique, en europe et notamment en France bon nombre de salles sont je le disais équipées en 2K. Tout en sachant que rares seraient les salles capables de proposer le film dans son format d’origine pourtant splendide.

Le cinéma libanais, un débat houleux.

Voilà longtemps que je souhaitais tirer le portrait du cinéma arabe et libanais en particulier, lui qui a bénéficié notamment de l’exil des artistes égyptiens menacés de "nationalisation" par Nasser dans les années 60, pour parvenir à quelques succès internationaux (dont Caramel) qui cachent une forêt bien maigre à l’image de celles constituées de cèdres ayant quasiment disparue du paysage national. Voilà qu’un mensuel libanais mais francophone d’économie, le commerce du levant, fait sa une de Mars sur le sujet. L’occasion donc de revenir sur l’état de la production libanaise mais aussi de casser le bras à quelques idées reçues ou mal reçues y compris par la revue en question. Car le Liban produit peu, mais peut être déjà trop compte tenu de sa faible capacité à diffuser, en salle et en télévision, de sa très faible audience et de son manque de moyen, de son absence de structures nationales spécifiques qui ont déjà de nombreux chats à fouetter. Pour autant quelques films et quels réalisateurs et réalisatrices sortent du lot et font des films étonnants mais à part quelques exceptions inconnus du grand public. La majorité des productions ne sont guère vues voire diffusées et pire encore cette non diffusion peut devenir un argument "publicitaire" car oui il existe une censure au Liban (finalement comme souvent ailleurs) et le fait d’être censuré ne fait pas forcément du film en question un bon film. Le problème étant qu’à lire cet état des lieux fait par ce magazine libanais on peine à croire que des solutions vont surgir. Les propos tenus par les uns et les autres (producteurs en l’occurrence, les réalisateurs ne sont pas invités au débat) font ressortir un manque cruel de lucidité sur ce milieu et sur les responsabilités de chacun ainsi qu’une absence totale de proposition pour enfin voir des films arabes et libanais au cinéma, voire pour continuer de faire exister les quelques salles de cinéma dignes de ce nom.

interdit au liban

Un seul réseau de distribution valable, le piratage

L’article du "Commerce du Levant" revient tout d’abord sur les causes de cet étouffement en incriminant l’absence de réseaux de distribution voire le piratage des oeuvres. Concernant donc le piratage des films il faudrait relativiser les choses et relire toutes les études sérieuses sur la question qui font ressortir que seuls 10% des consommateurs de produits culturels (musique et cinéma) achètent uniquement légalement des oeuvres. Le reste, donc 90%, consomment aussi bien du légal que de l’illégal, un toute petite part ne se tournant que vers du téléchargement strictement illégal.

Cette partie est largement compensée par le fait que bon nombre de consommateurs achètent les oeuvres plusieurs fois sous plusieurs formats incompatibles entre eux ou lors de remasteriesation (VHS et Vidéodisc à l’époque DVD et BluRay plus récemment ou fichiers informatiques (plein de protections empêchant de relire le produit sur un autre appareil) et vidéo à la demande).

Ainsi le futur format 4K ultra hd fera à nouveau racheter pas mal de films à bon nombre d’amateurs les possédants déjà. Et à chaque achat informatique en participant à la taxe sur la copie privée on enrichie aussi une cagnotte destinée à combler un manque à gagner du au piratage. Donc l’argument du vol des produits culturels n’est pas forcément vrai lorsque l’on additionne tous les achats et que l’on peut penser en outre que la multiplication d’accès à ces produits culturels encourage au final à leurs consommation légales.

Bon nombre de pirates finissant par acheter des oeuvres qu’ils ont appréciés voire se désespèrent de ne pouvoir le faire faute de sorties dvd ou en salle pour des chefs d’oeuvres qui sans ce piratage ne pourraient quasiment plus être vus. Au Liban rassurons nous le piratage consiste à une copie de piètre qualité des films sur des dvds vendus dans la rue pour un dollar. Après cette ode à la légalité vient le temps de s’interroger sur le réseau de distribution légal de l’offre de cinéma et de télévision.

randa chahal

Et si l’auteur de l’article prend comme exemple le poids important de Canal+ ou de la Paramount dans cette industrie, il est fort à parier que lui et l’ensemble de ses lecteurs ont pourtant accès à Canal+, HBO, FX, OSN et autres sans payer un quelconque abonnement légal. En effet la télévision par câble ou satellite au Liban permet à quiconque de redistribuer des bouquets de chaines dans un quartier complet en piratant bon nombre de chaines dont des chaines arabes à péage et en sacrifiant la qualité de diffusion au passage.

Et par ailleurs en prenant comme exemple de distribution deux mastodontes occidentaux l’un aux USA l’autre en France l’auteur s’épargne surtout de s’attaquer au fond du problème libanais, l’absence d’acteurs arabe investi sur ce marché, tant au Liban que dans le monde arabe où les télévisions passent en avant première tous les films hollywoodiens vous dégoutant presque d’avoir payé un billet quinze jours avant au cinéma du coin.

Quant au chaines de télévisions locales, trop nombreuses pour une audience limitée et concurrencées par les très nombreuses chaines en provenance d’Europe, des USA, du Golfe ou d’Arabie Saoudite (dans les conditions que l’on a expliqué) inutile de penser y voir un film et encore moins un film arabe en prime time. Des talkshows, des débats, des séries mais point de films. Dès lors le système de distribution n’a rien de commun avec celui en place aux USA ou en France. Seulement 70 salles de cinémas, plusieurs salles ferment régulièrement et laissent la place à deux réseaux concurrents mais pratiquement indifférentiables. Même prix, même film, même popcorn et mêmes malles (comprendre centre commerciaux à la mode US).

Mais c’est surtout sur ces fameux réseaux érigés en modèles que l’article s’égare car son auteur confond ici les modèles économiques des cinémas étatsuniens, système dit des studios (qui a du se séparer de son secteur de distribution lors des lois antitrust) et celui financé, en France, par la télévision via le cnc (pour faire vite) qui sévit et qui permet de produire beaucoup de films c’est vrai mais de ne pas avoir besoin en fait qu’ils soient rentables pour exister. Car c’est le paradoxe du film français, bon nombre des films ne sortent pas en salle, voire ne connaissent qu’une sortie dite technique pour permettre leur passage à la télévision et leur sortie en DVD et surtout bénéficier des dites subventions.

Zeina Dakkache

Mais revenons à notre cinéma libanais qui lui souffre d’un modèle économique sous assistance étrangère (française et émiraties depuis peu) sans pour autant bénéficier de salles permettant sa diffusion (à part le Métropolis et quelques autres très rares à Beyrouth). De fait les films libanais qui ont trouvé un financement n’atteindront qu’à titre exceptionnel les 30.000 entrées en salle. Il faut, en excluant le premier du box office arabe, accumuler au Liban les entrées des 4 films suivants dans la liste pour atteindre 100.000 spectateurs.

Quand l’idée d’enrichir un petit nombre au détriment du pays et de ses infrastructures devient un modèle économique sous prétexte de culture.

Bien souvent cette sortie est anonyme (pas ou peu de promotion, dates de sorties changeantes) et atteint tout juste les quelques milliers.

Le système marche sur la tête économiquement. Pourtant à la lecture des interviews des producteurs cités par le journal on comprend que le secteur se bat pour obtenir plus de financement. Il défend ainsi l’idée d’une taxe d’un dollar sur chaque entrée au cinéma. Ce budget de près de 2 millions de dollars serait à répartir parmi les producteurs libanais désireux de trouver une nouvelle source de financement. Dans un pays qui manque d’eau potable, de routes, d’écoles, d’infrastructures énergétique et donc d’électricité tout court, on se demande comment l’état pourrait ainsi taxer une industrie et se priver d’une telle manne financière pour la redistribuer, en violation avec le principe de non affectation a priori des recettes fiscales, à une poignée de producteurs qui produirons une douzaine de films par an.

En tant que cinéphile on se demande ici s’il ne faudrait pas réclamer plutôt de taxer le popcorn mais c’est un tout autre débat. D’autres solutions pourtant semblent apparaitre sans violer la loi, ni appauvrir le pays ni encore faire augmenter le prix du billet déjà cher pour le service rendu : petites salles mal conçues, avec des climatisations bruyantes, des sous titres multilingues pas toujours très bien fait, une mise au point aléatoire, et un film coupé à peine le générique de fin débuté. Pourquoi les producteurs ne demandent ils pas un quota obligatoire de diffusion de films arabes?

Dès lors qu’on aurait plus de X salles ou de Y séances quotidiennes pourquoi un cinéma ne serait pas tenu de diffuser un nombre minimal de film provenant du marché local et régional. En favorisant le cinéma en langue arabe qu’il soit égyptien ou syrien (en espérant qu’il y aura encore un cinéma syrien) mais aussi marocain, irakien et autres, le public se verrait proposer autre chose qu’un Bruce Willis ou un Twilight 23.

De fait les productions locales bénéficieraient alors d’un nombre de salles conséquent (une fraction des 70 écrans ça reste peu mais c’est déjà un début) et donc de spectateurs potentiels plus élevés, et d’une présence durable à l’affiche car aujourd’hui passé une à deux semaines les films cèdent leurs places à un nouveau Bruce Willis.

Ghassan

L’idée serait donc de développer une culture cinématographique qui éviterait justement d’avoir à aller à Paris pour voir un film arabe, à ce jeu là le prix du billet et le bilan carbone de l’industrie est forcément défavorable. Mais à ce jeu là encore faudrait il que les productions libanaises ne soient pas si franco-libanaise, et donc moins égocentrique et plus tournée vers un marché régional fort de plus de 350 millions d’arabophones, ce qui multiplie par 100 le nombre potentiel de spectateur.

Dès lors plutôt que de rêver d’un modèle économique et de distribution occidental, pourquoi ne pas chercher des pistes de développement régionales en s’appuyant sur une identité arabe et sur le potentiel des jeunes et moins jeunes créateurs, techniciens et producteurs de ces pays?

Loin de cela lorsque le CNC ou le fonds de la francophonie ne s’engagent pas à leurs côtés pour soutenir un film qui n’atteindra jamais ou très rarement plus de 100.000 spectateurs et n’aura aucune vie à la télévision, les producteurs libanais savent se tourner vers d’autres méthodes de financement . Et depuis une dizaine d’années c’est vers les émirats du Golfe, Doha, Dubai et Abu Dhabi qu’ils se tournent, s’ils n’empochent pas le gros lot, ils deviennent dépendant d’un autre système moins francophone certes mais pas moins ouvert à l’influence des productions étatsuniennes diffusées par les groupes de cinéma ou de télévision des émirats. Un grand écart à assumer pour des réalisateurs jusque là très francophiles et pour la plupart habitant à Paris.

Pour autant là aussi le système n’est pas un réseau mais une dépendance financière peu amène de favoriser l’émergence d’un discours, d’une création engagée et d’une réalisation exigeante. Si le cinéma libanais est capable de chercher des financements sur un marché mondial pourquoi se serait il pas capable de s’ouvrir aussi et de proposer des films un peu moins centré sur lui même un peu comme ce que certains reprochent à un cinéma du milieu en France mais l’audience en moins.

Carlos11

Le Liban un terre d’asile du cinéma étranger à défaut de produire des films libanais, faisons des films étrangers au Liban.

Si l’article déplore que la situation syrienne bloque quelques tournages de films étrangers au Liban il faudrait ne pas oublier que d’une part il est rare que ces productions rendent hommage au pays du cèdre (Carlos par exemple fut tourné à Tripoli par Assayas et représente un bel exemple d’incompréhension des problématiques politiques de la région dont j’aurais pu traiter dans mon billet précédent consacré à Argo ou à Homeland) et que d’autre part le Liban sortira toujours perdant de la course aux couts de productions les plus bas lancée par l’industrie qui délocalise deux films sur trois aujourd’hui. Car en procédant à ces délocalisations insensées le cinéma européen se tire déjà une balle dans le pied et le Liban souhaiterait ici que son bailleur de fond principal claque quelque argent à Beyrouth avant de s’effondrer, soyons sérieux.

Un producteur dont je tairais le nom osant même la comparaison avec la Chine et… Israel quant à l’engagement de ces pays pour favoriser les productions locales et promotionnel ainsi l’image du pays. Hormis le fait que la Chine continentale est surtout connue pour des raisons de censures de films traitant ou évoquant justement la Chine, et que bon nombre des tournages des productions chinoises ne se déroulent pas sur le continent mais à Hong Kong voire en Europe (La France d’ailleurs en accueille un grand nombre).

Car pour vanter le pays à de tels projets ce ne sont pas les paysages magnifiques ou les infrastructures géniales que les producteurs mettent en avant (ce début de phrase est à prendre au second degré vous l’aurez compris) mais le bas couts des salaires et des équipements. Une fois de plus l’industrie locale espère gratter quelques bénéfices en essorant sa main d’oeuvre qui devra s’aligner sur les salaires et les budgets proposés au Maroc, en Europe de l’est et dans les derniers eldorados de la délocalisation.

Les techniciens libanais devraient donc en vouloir à des problèmes sécuritaires de ne pas travailler pour la moitié de leurs salaires pour des productions étrangères qui au mieux diffuseront un cliché infâme de leur pays. Les producteur n’hésitant pas dès lors à jouer sur un paradoxe qui se retourne contre eux très vite, produire au Liban ne serait pas couteux pour des étrangers mais les productions locales de films libanais s’adressant au seul petit public libanais nécessiterait sans arrêt plus d’argent malgré la très faible voire confidentielle diffusion de leurs oeuvres. Allez comprendre.

depardon

L’état de la production locale. Par ailleurs ces mêmes techniciens sont aujourd’hui surtout payé à faire de la série télé (copies dans des bien des cas des télénovelas sud américaines, mais parfois plutôt pas mal faite notamment par les syriens) et du clip musical pour lequel ils bénéficieront de leurs noms au générique. Car oui le clip libanais dispose d’un générique long et complet à la fin de chaque chanson. Le moyen de promotion d’un artiste et de son disque devenant une fin en soi au Liban. Ici aussi on se marche sur la tête, y compris dans les tarifs exigés pour réaliser ces "oeuvres" destinées à ne pas faire vendre un seul disque par leurs interprètes la télévision qui les diffuse les produit aussi.

A force de se nourrir de sous produits du cinéma, le clip et la série télévisé (je ne parle pas ici de téléfilm ou de séries digne des sopranos, de Breaking Bad, The Wire ou du Prisonnier mais bien de copie télénovelas qui déjà à l’état originel mexicaine ou brésilienne sont assez imbuvables) les productions libanaises finissent par se ressembler et se regarder le nombril pour se démarquer de se genre moins noble télévisé mais qui garde en commun le manque de scénario ou d’ambition de réalisation. On est loin globalement des films de Nadine Labacki ou de la regrettée Randa Chahal.

Ce manque de moyens annoncé n’explique pas tout j’ai souvent vu en Iran notamment des films en quasi huis clos tournés en peu de temps avec des acteurs non professionnels et qui m’ont donné parmi les plus grande leçon de cinéma de toute ma vie. Car désolé de le dire mais les films libanais eux, 12 furent produits l’année dernière, manquent tout de même cruellement d’envergure scénaristique et à défaut de trouver des moyens financiers peut être serait il bon que les producteurs en s’adaptant à de telles contraintes cherchent de nouveaux talents donnant un nouveau souffle à une écriture et une réalisation capable en se métamorphosant et en jouant aussi de son manque de moyen financier de proposer des histoires belles, innovantes et surprenantes qui sauraient peut être attirer un public plus large.

Autant faire court, que le Liban et donc son cinéma se trouve une identité et arrête de vouloir parler trois langues sans jamais pouvoir formuler une réflexion digne d’une pays dans sa propre langue et compréhensible par le plus grand nombre. Peut être enfin l’avenir est à une diffusion de format différents en fiction ou en documentaire y compris de projets transmédias ou crossmédias, voire de diffusion par des réseaux privés satellitaires ou par internet un peu comme netflix (avec comme exemple la série House of cards) ou HBO (Soprano, John front Cincinati ou plus récemment Luck) aux USA, encore faut il que le Liban soit à même d’accéder à un internet haut débit et à des télévisions payantes en bonne qualité et c’est un autre débat qui se résume pourtant à une seule phrase lorsque "Le commerce du Levant" cherche à comprendre comment le cinéma libanais peut jouer dans la cour des grands il ignore bien des aspects de l’arrière court de ces grands mais surtout se voila la face sur la réalité du Liban et notamment de ses infrastructures et de son économie réelle ainsi que des attentes de ces citoyens.

Il faut donc comprendre que malgré tout il y a un cinéma arabe et libanais d’une belle qualité loin de ces débats et raccourcis, les portraits des cinéastes qui servent à illustrer ce billet en réaction à cet article évoquent à chaque fois de très beaux moments de cinéma et de belles rencontres.

Mon prochain billet s’arrêtera à titre de comparaison sur le cinéma iranien de l’après révolution islamique afin de comprendre les mutations et les productions de ce cinéma d’orient.