Emmanuel Hiriart- Directeur de la Photographie

Caméras

Retour au noir et blanc

Ayant débuté l’année par une petite promotion pour deux photographes ayant la qualité de filmer en noir et blanc et toujours en argentique il me fallait pousser cette réflexion afin de présenter les éléments permettant de plonger dans l’aventure du noir et blanc avec des outils numériques que ce soit en vidéo ou en photographie, car plus qu’un luxe ce retour au monochrome semble séduire des constructeurs mais aussi et surtout des réalisateurs et des artistes pourtant bien ancrés dans ce siècle.

L’occasion pour moi de parler de trois beaux objets en vidéo et en photographie qui vont surement m’accompagner dans mes prochains tournages tellement 2013 semble s’annoncer comme un retour aux sources, qui pour autant ne serait pas un retour en arrière.

Blacklistfilms_Leica-M7-in-Japan

Voilà donc comment l’envie de filmer à nouveau en noir et blanc m’est venue et comment elle s’est tout d’abord matérialiser. Car si j’avais quelques vingt ans auparavant pu débuter dans la photographie c’était grâce à un vieux Pentax et des bobines Ilford et surtout grâce à du matériel qu’avait débusqué un toujours très bon camarade dans un grenier. C’était le temps de l’apprentissage du développement des produits chimiques et du papier si cher qu’on faisait tout pour ne pas le gâcher. Notre terrain de jeu étant Paris, la nuit et au petit matin, on prenait un plaisir fou, et à vrai dire en photographie depuis l’apparition du numérique, un plaisir que j’ai enfin redécouvert avec cet objet du scandale (du fait de son prix) mais un objet si désirable et si simple que l’on se demande ce qu’on faisait égaré sur le chemin des millions de pixels et de l’autofocus, du wifi et du HDR. Car Leica a eu la bonne (et riche) idée de sortir une série M dédiée strictement au noir et blanc d’où son nom « Monochrome ». Mais j’entends déjà des ombres me dire pourquoi payer près de 7 000€ pour avoir le droit de faire uniquement en monochrome ce que le M9 fit déjà pour 1 300€ de moins. Le luxe? Pas seulement, car contrairement à certaines idées reçues, depuis que je suis possesseur d’un tel objet de désir, je m’aperçois que mes collègues sont aussi et avant tout des passionnés qui ont attendu longtemps avant de passer au Leica tant désiré. De plus la version Monochrome à sa raison technique, et c’est une absence qui justifie son achat (peut être pas son prix aux dires des détracteurs). L’absence de la matrice de Bayer qui permet à tout capteur de restituer une image en couleur lorsque son capteur lui n’y voit que des niveaux de gris. Un filtre qui en rajoutant du rouge, du bleu et du vert et encore du vert donne à voir en couleur, mais qui pour éviter des effets de moirage notamment se voit aussi souvent rajouter un filtre passe bas. Tout cela réduisant la netteté, la sensibilité et la résolution.

Blacklistfilms_Leica_m_monochrome

Donc pour faire simple le Leica offre 18 millions de pixels grâce à un capteur de 24x36mm d’une sensibilité pouvant être poussée sans accro jusqu’à 3200 ipso et qui couplé au système de mise au point télémétrique restitue une image d’un piqué incomparable à celle prise avec le même capteur de son grand frère couleur une fois que l’on a converti son image en noir et blanc. Ici nativement on plonge dans une image d’une netteté et d’une pureté qui si elle se distingue de celle granulée du temps de mon Pentax donne à voir quelquechose de très très beau. Et surtout de très simple d’emploi.

Selon la même technique (l’absence de matrice de Bayer) deux caméras vidéo s’engagent sur le même chemin, premier de cette courte liste nos amis de Ikonoskop avec le Panchromatic et son petit capteur CCD de 10,6mmx6mm et 11 stops de dynamique tourne à 320 ipso (peut être le seul point noir du tableau) et enregistre en CineDNG 12 bits une image un peu supérieure à de la HD (1966×1092). Le tout dans un petit boitier qui à part son facteur multiplicateur de 2.7 nous laisse y monter à peu près toutes les optiques du moment (PL, Leica M, Canon, Nikon) et pour une somme équivalente au Leica (7 000€- mais dans un autre domaine donne à voir un beau résultat certes un peu volumineux en terme d’espace mémoire nécessaire mais l’objet incite à être essayé si vous en avez l’occasion.

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Enfin et dans le même esprit Red s’est lancé sur le chemin du « black and white only » avec sa série Monochrome de la Epic son haut de gamme actuel mais seulement avec son Mysterium-X comme capteur (Plus de 13 stops mais l’on regrette que le Dragon et ses 20 stops ne soit pas de la partie). La caméra dispose d’une sensibilité native de 2000 ipso contre 800 pour sa soeur en couleur et le prix en fera réfléchir plus d’un qui criaient déjà au luxe concernant le Leica, ici plus de 45 000$. Mais vous l’aurez compris c’est plus qu’une tendance, un vrai mode de vie, pardon, un choix artistique qu’il parait plus facile à défendre en photographie à nous de le faire dans notre industrie et pas seulement comme un gadget momentané.

Blacklistfilms_epic-m-mono

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Course (sans fin) à l’armement

Voilà moins d’un an que je lançais ce blog afin de relater mon travail d’une part mais aussi d’informer bien modestement sur les nouvelles technologies liées au caméras numériques professionnelles que nous utilisons sur les plateaux et les tournages dans nos métiers. L’utilité d’un tel blog est du en fait au changement constat de ces technologies et matériels. Car il y a quelques mois j’annonçais la nouvelle venue la Scarlet, la C300 ou encore les premiers tests avec une Sony F3 et quelques milliers de lecteurs plus loin mais moins d’un an après je dois faire des mises à jour constantes afin de coller au marché et aux annonces et autres nouveautés. En effet un peu comme l’année passée lorsque Canon et Red se disputaient un jour commun pour lancer leurs produits la C300 et la Scarlet il y aura bousculade le 31 octobre du coté de chez RED mais aussi de chez Sony pour savoir par quel nouveau produit il faudra jurer pour être tendance. Chez Jim Jannard peu de mystère ce ne sera qu’une baisse de prix substantielle qui rendra beaucoup plus abordable l’Epic et presque accessible pour tous la Scarlet (surement sous les 8.000$). Une bonne nouvelle pour les nouveaux acquéreurs ou ceux désirant passer de la plus petite à la plus grosse caméra sans avoir à trop se saigner (preuve il en est que la Scarlet n’est qu’une version bridée de sa grande soeur).Mais malheur à ceux qui ont investi il y peu et qui auront le plus grand mal à amortir ce prix et à digérer cette baisse tragique de la valeur marchande de leur caméra.

En cherchant à en savoir plus sur la Sony F55 on trouve des pépites sur le net.

Ce sera aussi surement le cas de nombreuses productions qui auront misé sur Sony et sa F3 à peine vieille d’un an et quelques (on en a entendu parler la première fois au NAB 2010, mais quand est elel arrivée vraiment sur le terrain des tournages?) qui avec son codec intra en 8bits 4:2:0 mais son grand capteur aura surement séduit des gens bluffés par les HDSLR mais cherchant une caméra et pas un appareil photo, afin d’avoir du son, un shutter, un viewfinder (ah non pas encore) et peut être un codec autre qu’un pauvre h264 avec la possibilité en externe de profiter du fameux 4:4:4:4 notamment aux conditions que j’expliquais dans mon billet précédent. Car tous les acquéreurs de cette petite Sony auront surement une larme à l’oeil lorsqu’ils découvriront la probable F7, car la F3 va voir sa production arrêtée. En moins de 2 ans. Le géant japonais va annoncer l’enterrement en grande pompe de sa F3 en cela que le Codec XAVC va remplacer celui de utilisé jusque là en interne sur les XDCam. Et celui-ci pourra gérer du 10 bits 4:2:2 à 100Mb/s de série. Adieu à ce stade là, enregistreur externe et couteuse mise à jour du Firmware. La caméra que l’on disait capable de rivaliser avec la Alexa en terme de dynamique et de piqué d’image, se voit destinée à un musée alors que la petite Arri elle fait toujours des heureux sur les tournages.

Pour autant la caméra capable de 4K (probablement la future norme pour les mois ou les années à venir aussi bien en enregistrement qu’en diffusion) nécessitera toujours un module externe mais Sony devrait en proposer un made in Japan il permettra le 2K à 120 im/s et le 4K.

Je me mets alors à la place de petites structures qui viennent (18 mois c’était hier) d’investir dans une F3 et qui vont se retrouver avec un bel objet bien dépassé technologiquement, la faute aussi au fait qu’on ait accueilli cette caméra avec les honneurs alors même qu’en interne elle ne proposait rien d’autre que ce que la EX1 ou EX3 faisait déjà (à savoir du 8 bits 4:2:0). L’effet de mode du gros capteur va se poursuivre mais il semble que celui-ci soit enfin rattrapé par la technologie qui permet enfin d’enregistrer son flux correctement en interne.

Notons au passage que c’est toute la gamme F qui va subir un ravalement et qu’une F55 semble aussi pointer son nez, dès que l’on aura les spécificités de celle-ci je reviendrai c’est promis nous mettre l’eau à la bouche. Avant qu’un autre produit lui vole la vedette, mais, je suis sur qu’on trouvera bien un objet capable de faire des films pendant de longues années sans avoir à le jeter à chaque fashion week.

Un descriptif de la future F5 complet et la mise à jour des pilotes pour gérer les fichiers Raw de la F65 pour Avid et Première, rien ne semble penser que FinalCut X sera concerner par cette option, à croire que Sony ne voit pas dans le logiciel une alternative professionnelle?


En tournage avec la Sony F3 et un Cinedeck (mise à jour)

Retour d’expérience avec la caméra son F3 alliée à un enregistreur externe cinedeck.

Tout d’abord pour tous ceux qui ont déjà eu à utiliser une Sony de type ex cam on se retrouve vite dans le fonctionnement, le positionnement des boutons et le menu permettant de configurer la caméra. On est chez sony comme à la maison avec tous les défauts d’ailleurs des caméras de la gamme (viewfinder pitoyable et inexploitable du fait de son positionnement arrière, panneau de réglage du son et du slow motion qui n’étant pas protégés viennent se dérégler ou s’enclencher au fur et à mesure de la journée et des portages).

On regrette d’abord juste l’enregistrement interne en 8bits 4:2:0 à 35Mb/s et bien sur la mise à jour payante du firmware pour avoir accès au S-Log 10 bits 4:4:4:4. Pourquoi acheter un tel objet pour se voir délivrer un codec peu honorable, pour le prix on aurait aimé une solution interne qui servent à autre chose qu’un proxy douteux.

Car si l’achat d’un enregistreur externe va délester le porte monnaie, l’ajout du Cinedeck et de batteries approuvées par la marque pour faire fonctionner la bête plutôt énergivore et c’est la caméra que l’on vient de lester de quelques kilogrammes. Et si l’on adjoint des optiques PL on arrive à un poids plutôt excessif compte tenu que l’on enregistre en HD à partir d’une caméra à la base plutôt légère.

Le Cinedeck lui, fonctionne sous windows, consomme on l’a dit beaucoup de batteries et met longtemps à s’allumer ou à s’éteindre (on doit quitter l’application puis éteindre windows).

Facile à régler, le Cinedeck confirme bien qu’il est connecté selon la méthode choisie et qu’il reçoit un flux. ensuite on sélectionne le codec en fonction de ses gouts. Tout va bien à part quelques pertes de son (via le cable hd-sdi) lors du tournage, le SSD fonctionne bien la machine chauffe un peu, le seul problème fut de trouver une place adéquat pour l’engin afin qu’il ne déséquilibre pas tout l’édifice et qu’il permette le portage de la caméra par la poignée, et sa mise à l’épaule. Enfin, il fallait aussi avoir suffisamment de place pour changer les batteries (celles de la Sony et celles de l’enregistreur) et les cartes SxS ou le SSD, tout en étant capable de manipuler l’écran tactile et les touches. Un casse tête au début et un surpoids difficile à amortir mais l’on s’habitue à tout, dommage vraiment que le 10 bits (ou 12 bits soyons réalistes) interne ne soit pas possible. Quand je pense que parfois je tourne en 4K avec simplement une RED scarlet, des revolts un moniteur tactile et des SSD pour un poids ridicule difficile de penser que l’on vient de construire tout cela pour shooter en HD et en Proress. Surtout lorsque l’on s’aperçoit que l’accès au viewfinder se fera difficilement en condition de tournage. Heureusement le vectorscope et autre parade du Cinedeck aideront grandement pour le choix du diapo.

Au final c’est tout de même assez lourd à porter mais aussi à exporter car les fichiers (pour mon cas en Proress HQ 4:4:4:4) certes assez joliment détaillés grâce au S-Log gagnent en lattitude et l’on profite alors d’une très belle caméra et d’un très bon capteur. Il y a des similitudes avec ce que l’on obtient avec une Alexa, peut être mais le bijou d’Arri est tout de même plus compact et ergonomique. Certes le prix n’est pas le même mais j’ose à peine chiffrer celui de la F3 que j’ai utilisé. Pour ce prix là, à titre personnel, je ne vois pas d’autre choix qu’une Scarlet qui propose du 4K (à mon sens une bonne base pour amortir une caméra dans les années à venir) de moins en moins cher. Le mois de novembre doit voir une nouvelle annonce de Sony concernant sa gamme F et donc la F3 en question qui devrait  être remplacée, après quelques mois de loyaux services on est vite obsolète aujourd’hui Monsieur.  On parle d’une F7 qui peut être nativement embarquera un SSD ou bien sera capable de sortir un flux 4K via un enregistreur externe qui rendra le Cinedeck obsolète aussi. D’ici là vous pourrez acheter une GoPro qui plus légère et moins gourmande vous délivrera du 4K à 15 i/s et du 2,7K à 30i/s, en tout automatique et sur une carte mini sd pour moins de 400$. L’avenir?

En parlant de SSD il me faut aussi vous conter mes problèmes lors de la relecture des images en post-production. En effet, celles-ci semblaient atteinte de drop frame, pourtant rien n’avait l’air d’avoir occasionné cela sur le terrain et l’appareil s’il avait parfois signalé des erreurs ne l’avait pas fait à ces moments là. Il semblerait (mais l’enquête est en cours) que le problème ne vienne ni de la caméra (qui elle enregistre en interne sans aucun saut) ni des câbles (dual links 1,5g). Les regards se tournent alors vers le Cinedeck et selon la maison mère de l’engin il faudrait soupçonner le formatage du SSD qui doit se faire sous Windows 7 et pas directement sous le XP installé sur l’appareil. N’ayant pas de Pc sous la main pour faire ces tests j’ai du déléguer à de courageux possesseurs de systèmes d’exploitation de ce genre. Par ailleurs le transfert des rushes du SSD vers de petits disques durs type 5400tr/m sous firewire 800 semble aussi problématique. On semble se tourner vers une solution (sous Mac) assez onéreuse via des disques Thunderbolt. Voilà pour être complet et honnête sur la question.


Retour à la normale

 

La saison estivale, pourtant studieuse, ne m’a pas donné le temps de mettre à jour le blog comme je le souhaitais. Pourtant il y a du nouveau, du matériel tout d’abord malgré le léger faux bond de BlackMagicDesign qui nous laisse attendre sa petite caméra depuis Juillet, toujours pas de nouveau MacPro et même plus de MacBookPro 17 pouces, de ce coté là rien de bon.

Mais je m’en vais tourner une série « genre Thalassa » pour les Émirats et la sony F3 sera du voyage avec un Cinedeck pour enregistrer en S-Log 10 bits 4:4:4 accompagnée d’une série PL de chez Cooke.

 

Une occasion de vous faire un petit comparatif dans ce segment (Red Scarlet, Blackmagicdesign, Sony F3…) et du coté des enregistreurs externes (Atomos, Sound Device, Cinedeck et blackmagicdesign).

Enfin, un petit article sera aussi consacré aux Lut de la Sony suite à une série de demandes en ce sens et, pour que la rentrée soit complète je ferai aussi une petite sélection des nouveautés de l’IBC 2012.

Bref c’était les vacances…