Emmanuel Hiriart- Directeur de la Photographie

Colorisation

Changer le cadre et le regard dans l’Interview.

Lorsque l’on fait beaucoup de documentaires on est amené à tourner des interviews et donc à se poser la question de la mise en place, de l’éclairage et du cadre notamment lorsque l’on capte à une seule caméra. Comment coller au sujet et à l’ambiance générale tout en « innovant » en apportant une vision et un style différents.

Hormis de nombreuses recherches personnelles visant à varier l’éclairage pour coller aux propos, à l’émotion et à l’ambiance du film, ou à chercher un cadre et un décor favorisant la concentration sur les propos des intervenants, c’est en regardant de nombreux films que je peux trouver certaines influences. S’il peut sembler que depuis le temps on aurait fait le tour du sujet notamment en matière d’éclairage ou de cadre il faut constater que certains projets récents et ambitieux nous ont apportés de quoi réfléchir à nouveau à la façon de filmer cet exercice.

Vous pensez déjà que cela nécessite une grosse mise en place et de couteux accessoires? Il n’en est rien, un peu de bricolage et quelques kinos, rien de plus, à quoi l’on rajoute effectivement un petit accessoire, le eye-liner qui permet de « voir » l’intervieweur dans l’axe de la lentille de la caméra ainsi l’interviewé porte son regard non plus de coté mais bien droit dans les yeux de son auditoire. Le procédé m’intéresse suffisamment pour que j’ai envie de l’utiliser depuis longtemps pour une série documentaire sur laquelle je travaille avec une nouvelle télévision. Je vais donc détailler cette méthodologie afin de démontrer que l’on peut encore faire progresser l’interview à une seule caméra.

Si le procédé est donc connu et qu’il vous suffit d’acquérir ou de louer l’Eye-liner pour quelques euros ou dollars et que le système de miroir encore faut il que votre sujet nécessite ou ne contre dise pas que l’axe du regard soit droit dans l’objectif de votre caméra. Le meilleur exemple en la matière est surement le travail de Logan Schneider pour « America in Prime Time », série de portrait de grands noms de Hollywood qui se confient face caméra pour raconter l’envers du décor que vous pouvez retrouver sur PBS en ce moment. Vous pouvez d’ailleurs retrouver cette interview de Logan Schneider dans le numéro de Novembre de American Cinematographer.

Logan a utilisé une très belle caméra, une Arri D21 et un seul zoom Angénieux 24-290mm 2.8T signifiant que les moyens de la production étaient à la hauteur de leurs ambitions. Ils disposaient d’ailleurs de deux studios identiques, l’un à New York City, l’autre à Los Angeles. Mais ce choix assez simple et léger est souvent celui auquel on est confronté sur un tel projet. C’est en tout cas un choix matériel que je fais souvent lorsque j’ai a tourner ce genre de projet, un seul zoom, une seule caméra et comme souvent la production lui demandant de livrer son produit dans un format et un codec de très bonne qualité et en 4:2:2 il va adjoindre un enregistreur externe Sony HDCam SR afin d’avoir un workflow cohérent et pratique.

 

Coté éclairage, de même, il va utiliser quelques kinos  dont celui faisant office de Key Light est placé de 3/4 et largement diffusé, et celui en Back Light vient contraster le côté opposé du visage de l’interviewé. Son arrière plan, éclairé par touches, est lui, composé de plaques de Plexiglas, une matière que l’on retrouve dans le premier plan, donnant ainsi plus de profondeur à l’image à travers des tubes qu’il a placé de chaque côté de sa mattebox afin de donner cette illusion de flou et de diffusion de la lumière autour du sujet. Ce dernier, située à presque 3 mètres du Eye-liner, regardant donc droit dans l’axe de la caméra. L’éclairage très contrasté et chaleureux accompagné de ce décor et de ce procédé donne donc à l’ensemble une atmosphère propice à des confessions, Schneider se contentant parfois de jouer avec le zoom pour varier lors de l’interview le cadre de celle-ci. C’est à travers des exemples ingénieux et assez simples que l’on peut se questionner pratiquement sur notre manière traditionnelle de travailler et de faire un cadre et une belle photographie sans pour autant avoir besoin d’une débauche de matériel et de technologie. Cela me donne encore plus envie d’essayer sur une prochaine production cette technique afin de donner encore plus de fond aux propos des intervenants.

Enfin je voudrais terminer en signalant que , suite à la journée de conférence  » Le fabuleux destin de la couleur » du 3 novembre dernier à l’école nationale supérieur Louis Lumière vous pouvez retrouver sur le site de Colorpipe.org différentes analyses et retour d’expériences sur les nouvelles normes et technologies en matière de colorimétrie et d’étalonnage.

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A Day at Race

Comme notre ami et Gourou Philipp Bloom avait en son temps réalisé un film court nommé ainsi pour tester sa 7D et ses optiques, je me suis dit de mon côté, pourquoi ne pas profiter d’un champ de course pour tester des profiles d’images (Marvels, Cine Style ou Panavision) et se faire la main une fois de plus sur Da Vinci Resolve voire FinalCut X. Me voilà réveillé aux aurores et quelques instant plus tard je rejoignais l’hippodrome de Beyrouth où les différentes écuries m’ouvraient leurs portes (je dois ici remercier Monsieur Nabil Nasrallah le directeur de l’établissement qui a permis ce tournage) afin de capturer avec une 5d les premiers moments de la journée. J’ai globalement utilisé uniquement la 5D avec des optiques Canon de la série L, à savoir un zoom 70-200mm 2,8 non stabilisé, un zoom 24-70mm et un 50mm, des filtres Nd une fois le soleil levé. J’ai pu faire ainsi pendant les 4 heures de tournages une centaine de petits clips en jonglant avec les « pictures profiles » afin de juger au montage et en post production du meilleur réglages pour mes prochains tournages avec cette caméra.

A part le fait que la lumière mit un temps précieux à vraiment se lever et que les entrainements débutent, eux, vraiment tôt, rien à redire, j’ai pu tester les 3 « pictures profiles » dans les conditions d’éclairages différents, de nuit avec des éclairages tantôt 5600K tantôt 3200K puis au levé du jour puis en plein soleil. J’ai terminer  à 9H00 ce qui correspond en fait la fin des entrainements pour les jockeys et les chevaux.

La deuxième étape consiste à filmer la course dimanche prochain afin d’en faire une histoire je l’espère, jolie à regarder, puis de travailler les couleurs aussi bien dans Color que dans Resolve afin d’en sortir deux styles différents et de continuer mon apprentissage chez Da Vinci. Dès que tout cela sera terminé, le film sera sur Vimeo afin que mes collègues coloristes et autres utilisateurs de Canon puissent me dire ce qu’ils en pensent et me donner conseils et avis sur les « pictures profiles » voire sur les techniques de retouches. Avancer en partageant.

Vous l’aurez compris c’était un jour de repos à Beyrouth.


A l’essai sur DaVinci Resolve

La « mauvaise » nouvelle du passage à FinalCut Pro X qui certes baissait de prix, mais perdait son précieux compagnon Color, sur lequel je passais pourtant de nombreuses heures, me fit comprendre qu’il était temps de regarder à la concurrence. Je vous rassure pas du coté de Avid ou Edius, non je gardais ma suite Apple mais j’allais sur le site de BlackMagicDesign afin de télécharger la version Lite de DaVinci resolve et m’y faire la main.

Essayé c’était quasiment l’adopter, je m’apprêtais au passage à sa version payante afin de « retoucher » quelques images pour mes productions personnelles sur lesquelles un passage onéreux en post production n’est pas possible. Par ailleurs si je ne revendique pas être coloriste, les outils tels que Color ou DaVinci me permettent d’explorer cette voie à titre amateur et d’y passer un temps à lire et à regarder différent. Bref une passion abordable désormais que je vous ferai partager au fur et à mesure de mes avancées dans ce domaine.