Emmanuel Hiriart- Directeur de la Photographie

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Autopromotion

Je profite du NAB 2013 pour faire un peu d’autopromotion du travail que j’ai pu effectuer ces derniers temps notamment pour des télévisions et clients au Moyen Orient mais aussi en Europe. Ces images proviennent de quelques beaux voyages à Singapour avec Benny Ong, à Jakarta, en Europe du nord ou de l’est, à Paris pour des timelapses , au Liban, dans des camps de réfugiés avec l’UNRWA  et jusque sur quelques plages Cannoises aussi avec Clémence Poesy.  Dans le déluge d’annonce du salon mondial de Las Vegas dont je promets de faire prochainement un petit compte rendu et une analyse des tendances voilà un peu de nostalgie et un retour sur un peu plus d’un an de travail et de rencontres.

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Retour au noir et blanc

Ayant débuté l’année par une petite promotion pour deux photographes ayant la qualité de filmer en noir et blanc et toujours en argentique il me fallait pousser cette réflexion afin de présenter les éléments permettant de plonger dans l’aventure du noir et blanc avec des outils numériques que ce soit en vidéo ou en photographie, car plus qu’un luxe ce retour au monochrome semble séduire des constructeurs mais aussi et surtout des réalisateurs et des artistes pourtant bien ancrés dans ce siècle.

L’occasion pour moi de parler de trois beaux objets en vidéo et en photographie qui vont surement m’accompagner dans mes prochains tournages tellement 2013 semble s’annoncer comme un retour aux sources, qui pour autant ne serait pas un retour en arrière.

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Voilà donc comment l’envie de filmer à nouveau en noir et blanc m’est venue et comment elle s’est tout d’abord matérialiser. Car si j’avais quelques vingt ans auparavant pu débuter dans la photographie c’était grâce à un vieux Pentax et des bobines Ilford et surtout grâce à du matériel qu’avait débusqué un toujours très bon camarade dans un grenier. C’était le temps de l’apprentissage du développement des produits chimiques et du papier si cher qu’on faisait tout pour ne pas le gâcher. Notre terrain de jeu étant Paris, la nuit et au petit matin, on prenait un plaisir fou, et à vrai dire en photographie depuis l’apparition du numérique, un plaisir que j’ai enfin redécouvert avec cet objet du scandale (du fait de son prix) mais un objet si désirable et si simple que l’on se demande ce qu’on faisait égaré sur le chemin des millions de pixels et de l’autofocus, du wifi et du HDR. Car Leica a eu la bonne (et riche) idée de sortir une série M dédiée strictement au noir et blanc d’où son nom « Monochrome ». Mais j’entends déjà des ombres me dire pourquoi payer près de 7 000€ pour avoir le droit de faire uniquement en monochrome ce que le M9 fit déjà pour 1 300€ de moins. Le luxe? Pas seulement, car contrairement à certaines idées reçues, depuis que je suis possesseur d’un tel objet de désir, je m’aperçois que mes collègues sont aussi et avant tout des passionnés qui ont attendu longtemps avant de passer au Leica tant désiré. De plus la version Monochrome à sa raison technique, et c’est une absence qui justifie son achat (peut être pas son prix aux dires des détracteurs). L’absence de la matrice de Bayer qui permet à tout capteur de restituer une image en couleur lorsque son capteur lui n’y voit que des niveaux de gris. Un filtre qui en rajoutant du rouge, du bleu et du vert et encore du vert donne à voir en couleur, mais qui pour éviter des effets de moirage notamment se voit aussi souvent rajouter un filtre passe bas. Tout cela réduisant la netteté, la sensibilité et la résolution.

Blacklistfilms_Leica_m_monochrome

Donc pour faire simple le Leica offre 18 millions de pixels grâce à un capteur de 24x36mm d’une sensibilité pouvant être poussée sans accro jusqu’à 3200 ipso et qui couplé au système de mise au point télémétrique restitue une image d’un piqué incomparable à celle prise avec le même capteur de son grand frère couleur une fois que l’on a converti son image en noir et blanc. Ici nativement on plonge dans une image d’une netteté et d’une pureté qui si elle se distingue de celle granulée du temps de mon Pentax donne à voir quelquechose de très très beau. Et surtout de très simple d’emploi.

Selon la même technique (l’absence de matrice de Bayer) deux caméras vidéo s’engagent sur le même chemin, premier de cette courte liste nos amis de Ikonoskop avec le Panchromatic et son petit capteur CCD de 10,6mmx6mm et 11 stops de dynamique tourne à 320 ipso (peut être le seul point noir du tableau) et enregistre en CineDNG 12 bits une image un peu supérieure à de la HD (1966×1092). Le tout dans un petit boitier qui à part son facteur multiplicateur de 2.7 nous laisse y monter à peu près toutes les optiques du moment (PL, Leica M, Canon, Nikon) et pour une somme équivalente au Leica (7 000€- mais dans un autre domaine donne à voir un beau résultat certes un peu volumineux en terme d’espace mémoire nécessaire mais l’objet incite à être essayé si vous en avez l’occasion.

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Enfin et dans le même esprit Red s’est lancé sur le chemin du « black and white only » avec sa série Monochrome de la Epic son haut de gamme actuel mais seulement avec son Mysterium-X comme capteur (Plus de 13 stops mais l’on regrette que le Dragon et ses 20 stops ne soit pas de la partie). La caméra dispose d’une sensibilité native de 2000 ipso contre 800 pour sa soeur en couleur et le prix en fera réfléchir plus d’un qui criaient déjà au luxe concernant le Leica, ici plus de 45 000$. Mais vous l’aurez compris c’est plus qu’une tendance, un vrai mode de vie, pardon, un choix artistique qu’il parait plus facile à défendre en photographie à nous de le faire dans notre industrie et pas seulement comme un gadget momentané.

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Course (sans fin) à l’armement

Voilà moins d’un an que je lançais ce blog afin de relater mon travail d’une part mais aussi d’informer bien modestement sur les nouvelles technologies liées au caméras numériques professionnelles que nous utilisons sur les plateaux et les tournages dans nos métiers. L’utilité d’un tel blog est du en fait au changement constat de ces technologies et matériels. Car il y a quelques mois j’annonçais la nouvelle venue la Scarlet, la C300 ou encore les premiers tests avec une Sony F3 et quelques milliers de lecteurs plus loin mais moins d’un an après je dois faire des mises à jour constantes afin de coller au marché et aux annonces et autres nouveautés. En effet un peu comme l’année passée lorsque Canon et Red se disputaient un jour commun pour lancer leurs produits la C300 et la Scarlet il y aura bousculade le 31 octobre du coté de chez RED mais aussi de chez Sony pour savoir par quel nouveau produit il faudra jurer pour être tendance. Chez Jim Jannard peu de mystère ce ne sera qu’une baisse de prix substantielle qui rendra beaucoup plus abordable l’Epic et presque accessible pour tous la Scarlet (surement sous les 8.000$). Une bonne nouvelle pour les nouveaux acquéreurs ou ceux désirant passer de la plus petite à la plus grosse caméra sans avoir à trop se saigner (preuve il en est que la Scarlet n’est qu’une version bridée de sa grande soeur).Mais malheur à ceux qui ont investi il y peu et qui auront le plus grand mal à amortir ce prix et à digérer cette baisse tragique de la valeur marchande de leur caméra.

En cherchant à en savoir plus sur la Sony F55 on trouve des pépites sur le net.

Ce sera aussi surement le cas de nombreuses productions qui auront misé sur Sony et sa F3 à peine vieille d’un an et quelques (on en a entendu parler la première fois au NAB 2010, mais quand est elel arrivée vraiment sur le terrain des tournages?) qui avec son codec intra en 8bits 4:2:0 mais son grand capteur aura surement séduit des gens bluffés par les HDSLR mais cherchant une caméra et pas un appareil photo, afin d’avoir du son, un shutter, un viewfinder (ah non pas encore) et peut être un codec autre qu’un pauvre h264 avec la possibilité en externe de profiter du fameux 4:4:4:4 notamment aux conditions que j’expliquais dans mon billet précédent. Car tous les acquéreurs de cette petite Sony auront surement une larme à l’oeil lorsqu’ils découvriront la probable F7, car la F3 va voir sa production arrêtée. En moins de 2 ans. Le géant japonais va annoncer l’enterrement en grande pompe de sa F3 en cela que le Codec XAVC va remplacer celui de utilisé jusque là en interne sur les XDCam. Et celui-ci pourra gérer du 10 bits 4:2:2 à 100Mb/s de série. Adieu à ce stade là, enregistreur externe et couteuse mise à jour du Firmware. La caméra que l’on disait capable de rivaliser avec la Alexa en terme de dynamique et de piqué d’image, se voit destinée à un musée alors que la petite Arri elle fait toujours des heureux sur les tournages.

Pour autant la caméra capable de 4K (probablement la future norme pour les mois ou les années à venir aussi bien en enregistrement qu’en diffusion) nécessitera toujours un module externe mais Sony devrait en proposer un made in Japan il permettra le 2K à 120 im/s et le 4K.

Je me mets alors à la place de petites structures qui viennent (18 mois c’était hier) d’investir dans une F3 et qui vont se retrouver avec un bel objet bien dépassé technologiquement, la faute aussi au fait qu’on ait accueilli cette caméra avec les honneurs alors même qu’en interne elle ne proposait rien d’autre que ce que la EX1 ou EX3 faisait déjà (à savoir du 8 bits 4:2:0). L’effet de mode du gros capteur va se poursuivre mais il semble que celui-ci soit enfin rattrapé par la technologie qui permet enfin d’enregistrer son flux correctement en interne.

Notons au passage que c’est toute la gamme F qui va subir un ravalement et qu’une F55 semble aussi pointer son nez, dès que l’on aura les spécificités de celle-ci je reviendrai c’est promis nous mettre l’eau à la bouche. Avant qu’un autre produit lui vole la vedette, mais, je suis sur qu’on trouvera bien un objet capable de faire des films pendant de longues années sans avoir à le jeter à chaque fashion week.

Un descriptif de la future F5 complet et la mise à jour des pilotes pour gérer les fichiers Raw de la F65 pour Avid et Première, rien ne semble penser que FinalCut X sera concerner par cette option, à croire que Sony ne voit pas dans le logiciel une alternative professionnelle?


Tournage et post production en 4K et plus : un cas d’école « The girl with the dragon tatoo »

Afin d’exprimer encore mieux la réalité du travail en RAW, en 4K et plus, avec des caméras types RED ou ARRI quoi de mieux qu’un exemple parlant en se basant sur l’expérience des équipes ayant pu travailler notamment sur le film de David Fincher, « the girl with the dragon tattoo » aux côtés de Jeff Cronenweth le directeur de la photographie mais aussi de Peter Mavromates le superviseur de la post-production.

Le choix de ce film comme témoignage d’un tournage (et de sa post-production) en 4K me parait en effet parlant et significatif étant donné qu’il a « essuyé les plâtres » et que les techniciens et spécialistes qui se sont relayés sur l’opération ont par ailleurs parfaitement documentés leurs expériences.

Le tournage :

En septembre 2010 lors du début du tournage en Suède, l’Epic n’était pas encore achevée et allait commencer ses premiers tests (en 3D) dans la belle ville de Los Angeles sur l’homme araignée. Dès lors Cronenweth a photographié les deux tiers du film en RED One MX (4352×2176) et seulement un tiers avec l’Epic (5210×2560) une fois celle-ci stabilisée.

Le transfert de données :

The Girl with Dragon Tattoo comporte pas moins de 230.000 images pour un poids représentant un peu plus de 1Go de données par seconde de film. Le tout a été « débayérisé » (traitement RAW de l’image correspondant au développement de la pellicule pour un enregistrement numérique en quelque sorte) en DPX 10 bits en 4 et 5K dans un format d’image au ratio 2:1. Notons ici que le choix du travail en 5K représente ni plus ni moins 33% de plus de données que le 4K.

A ce stade là l’on imagine vite la place de stockage dont on a besoin, pour autant au prix du Go qui se situait alors à 20 centimes de Dollars ceci n’était pas la préoccupation des techniciens ingérant les images. Car il aurait fallu pour capturer la totalité des rushes des disques pour un équivalent de 55 To. Soit un investissement de 25.000 $. Le problème était alors plutôt d’avoir une capacité de stockage mais une unité de stockage capable de lire 1Go par seconde afin de pouvoir réaliser un playback.

Pour obtenir de telles performances les disques (configurés en Raid afin de protéger les images, mais selon un procédé qui ralentie les vitesses d’écriture et de lecture) doivent être optimisés pour pouvoir faire un playback effectif à plus de 1,5Go par seconde et surtout ne jamais être remplis à plus de 60% afin de toujours garder leurs performances.

Mais il faut aussi en passer par l’étape de transfert des données sur des disques sans vouloir y faire tourner les images pour un play-back, il faut toutefois que le temps consacré à ces transferts ne soient pas consommateurs d’un temps trop précieux lors d’un tournage. Je le sais d’autant mieux que personnellement je transfert mes rushes quels qu’ils soient sur des petits disques portables en firewire ou eSata et qu’à une vitesse maximum de 300 Mo/s soit dans notre cas d’école 3 fois le temps réel. Cette solution ne satisfaisait pas les équipes de Peter Mavromates qui avaient initialement prévues de travailler en temps réel. La solution fut apportée par MAXX Digital qui ont su optimisé ce qu’ils ont appelé la boite à chaussure, une combinaison de disques en SAS qui pouvait atteindre la vitesse maximum de 600Mo/s, on était loin du temps réel mais on s’en approchait. Le temps est de l’argent y compris quand on le passe à transférer les images, le soir au coin du petit bureau de la chambre d’hôtel, ou à l’arrière du camion.

Recadrage :

Pour tous ceux qui viennent du monde « étriqué » de la HD, il n’est pas question de recadrage dans l’image car le format ne le permet pas. C’est bien différent lorsque l’on dispose d’un format numérique de 5 millions de pixels par image, c’est en fait déjà le cas avec une caméra 2K lorsque le produit final sera aux normes HD. Ainsi l’on considère qu’il existe en 5K une marge correspondant à 20% de l’image filmée disponible pour ces opérations de recadrages et autres stabilisations. Mais autre point non négligeable cette zone supplémentaire de matériel permet aussi une meilleure transition entre les différents formats de livraison du film. Ainsi le film fut tourné comme je le disais plus haut avec un ration de 2:1, pour être diffusé en salle selon le ratio de 2.40:1 mais les normes broadcast demandant une livraison en 1.78:1 afin de correspondre au 16:9 de nos télévisions de salons. Et en suivant une telle méthode et grâce au 5K et 4K the girl with thé dragon tattoo est surement ce qui se fait de mieux en matière de résultat lors du passage au format bluray. La logique est donc de tourner en 5K pour n’en utiliser que 4K, et contrairement à ce que l’on pourrait croire on y gagne en définition car en effet on se sert de toute la capacité et la taille du capteur plutôt que de zoomer dedans.

Alors voilà encore un aspect souvent peu clair des coûts « cachés » d’une Red, étant un utilisateur de ces caméras depuis leurs sorties et ayant une pratique souvent nomade de celles-ci du fait de tournages de documentaires il me semblait intéressant de témoigner de ces quelques détails techniques un peu extérieurs à notre métier, quoi que?