Emmanuel Hiriart- Directeur de la Photographie

Le futur du cinéma.

2012 la fin d’un monde?

En guise de billet destiné à vous souhaiter mes meilleurs voeux pour l’année à venir me voilà retombé dans mes travers à savoir la mauvaise humeur et les prédictions de fin du monde (cinématographique mais c’est déjà ça).

En effet, fin d’année oblige je suis tombé sur toute une série d’articles ou d’analyses sur le cinéma et l’industrie tant en Europe qu’au États Unis (ce constat ne traite donc pas de l’Inde qui pourtant produit bien plus de films).

Le bilan de tout cela me laisse un gout amer et en liant les articles les uns aux autres me voilà bien obligé de vous donner mon sentiment sur la question.

Première mauvaise nouvelle, Kodak se prépare à la faillite, l’action en bourse du géant de la pellicule ne vaut pas plus qu’une petite pièce que l’on garde au fond de la poche pour resserrer une vis à pas Kodak faute de mieux.

Avec cette première info les amoureux de l’analogique, de l’argentique déjà orphelins de Ilford vont devoir amener leurs enfants dans des musées pour leur expliquer le bon vieux temps du négatif.

Mais au même moment c’est un second article qui nous annonce la fin du positif et donc de la pellicule dans les salles de projection, au profit là aussi de projecteur numériques. On nous explique que le cout d’une copie numérique est 10 fois moins chère que celle sur celluloïd. Tant pis si l’on perd le charme et la qualité, de toute façon le multiplex dans lequel vous êtes rentré se fait plus d’argent sur les popcorns que sur le film, sauf à vous taxer de quelques euros ou dollars supplémentaires car le film que vous allez voir est en 3D, voire en IMAX 3D.

 

Et avec cette annonce on touche là à un point épineux de la dernière décennie de notre industrie qui est capable du meilleur quand elle s’attache à la restauration et à la ressortie du « Voyage dans la lune » de Méliès. Mais surtout du pire quand elle nous vend sa sauce grâce à des logos sur ses affiches et quelques mensonges sur la qualité, et je ne parle pas ici de celle des « scénarios ».

Comment expliquer que cette technologie du 3D relief qui devait éviter le naufrage aux studios et aux distributeurs voire au diffuseurs devient quasiment un synonyme  de mauvaise qualité et d’arnaque à peine plus crédible qu’un placement financier pyramidal.

En effet nous savons deux trois choses sur les formats de tournages et de projections dont le fait que les films que l’on voit en salles sont souvent projetés grâce à un positif de 35mm et que lorsque l’on parle du procédé IMAX il s’agit d’un 70mm 15 perforations. Dès lors on peut avancer que la qualité minimum d’un projecteur numérique devrait être de 4k pour un équivalent 35mm et je ne sais combien (8K, voire 10K?) pour un équivalent IMAX. Mais l’on sait surtout que les salles sont en réalité équipées de projecteur 2K.

On sait aussi que les films tournés réellement dans ce format sont en fait très rares, si rares que lorsqu’il le sont, pour la plupart ils réservent ce format très couteux à quelques scènes d’actions (Batman de Christopher Nolan en est l’exemple) pour le reste les scènes « normales » étant tournées avec des caméras « normales » donc souvent à peine mieux définies que du HD 2/3 de pouces (Avatar).

On nous vend donc surtout un gonflage artificiel par un scanner d’images classiques ayant une définition d’à peine 2K. Idem pour le 3D relief la plupart des films estampillés de ce logo sont en fait tournés de manière classique en 2D puis regonflés numériquement en 3D. Ce qui fait dire à notre ami David Fincher que la technologie IMAX ne pouvait se prêter à ses films tellement il n’aimerait pas que le format de l’image change d’une scène à l’autre. Car l’IMAX se tournant avec de la pellicule 65mm capturant à l’horizontal, cela change en effet le format et donc le cadre. On en revient à ce vieux problème de diffusion des oeuvres dans un cadre différent que celui voulu par le réalisateur, comme lorsque l’on devait recadrer pour la télévision 4/3.

Donc si je fais le bilan de toutes ces nouvelles, on paye un ticket de cinéma plus cher, pour voir des films en relief voir en imax qui n’en sont pas et de toute façon on regarde un film moins bien définie qu’auparavant du fait du projecteur numérique qui se rapproche de la qualité (je plaisante à peine) d’un écran plasma dans votre salon. Ah! tout de même une bonne nouvelle, la vente des télévisions 3D ne décolle pas en occident la plupart des téléviseurs estampillés ainsi sont acquis en Chine mais très peu ailleurs malgré le consumérisme dont nous sommes capables. La faute peut être au manque de programme 3D qui vient de provoquer (fermeture annoncée le 24 janvier 2012) la fermeture de la chaine 3D de canal+  qui annonce attendre la sortie des télévisions ne nécessitant pas le port de lunettes pour regarder ses programmes.

En attendant je vais répondre à un ami qui se lance dans un projet de film en 8mm. Oui en 2012.

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