Emmanuel Hiriart- Directeur de la Photographie

De Méliès à Scorsese.

L’académie des Oscars vient de remettre ses statuettes et notre ami Martin Scorsese repart les mains pleines notamment grâce à son directeur de la photographie, Bob Richardson. Celui-ci, jusque là très réputé pour son utilisation des contre jours très marqués, technique très utile en film afin de détacher le sujet du décor en augmentant ainsi le contraste et en jouant sur la netteté du personnage que l’on filme. On aurait pu croire que cette technique prendrait fin avec la 3d dont justement le procédé consiste à détacher le sujet de son décor en le plongeant dans un effet perspective. Richardson nous montre là que les vieilles recettes s’appliquent encore au nouveau mode de tournage.

En parallèle de cela c’est peut être aussi le sacre de la Alexa de Arri malgré les scandales de plagiats et de brevets dérobés qui ont courus l’année passée.

Bob Richardson qui avait déjà officié sur JFK ou Aviator, tournait là son premier film en 3D relief. Il a choisit la Alexa et 3 sets complets de chez Cooke à savoir les 5/i, S4/i et Panchro/i,  Le choix s’est porté sur  Cooke pour deux raisons. Celle de disposer d’ouverture rapide mais aussi de bénéficier des métadonnées (/i data) qui ont aidés sur le plateau. La caméra, nativement à 800 ISO était paramètrée ici à 400 ISO afin de compenser la perte d’un diaph due au miroir du dispositif 3D. Enfin, chacun, directeur photo et réalisateur, disposait de moniteur 3D de contrôle (JVC GD-463D10 46 pouces LCD pour ceux que cela intéresse). Si j’ai pu être critique envers de nombreux films en 3D relief, Hugo a su me subjuguer notamment certains plans comme ceux à l’intérieur de la bibliothèque Sainte Geneviève à Paris où Richardson a su jouer avec la lumière si capricieuse dans cet endroit magique que j’ai fréquenté assidûment pendant mes études.

Autant le dire tout de suite le film rend hommage à Méliès et forcément j’y suis sensible. On pourra constater que l’Académie des Oscars a cette année portée son choix sur des films « hommages » aux premières heures du 7ème art. Pour autant, Richardson n’a pas voulu utiliser la Alexa pour au final donner à Hugo le « look pellicule », le choix était donc assumé, de travailler avec une caméra numérique et de rendre cet hommage sur le fond plus que sur la forme qui elle était très novatrice. Pourtant le directeur de la photographie essentiellement habitué à travailler en pellicule avait quelques craintes notamment liées au viewfinder electronic qui le faisait douter d’une part de sa capacité à faire le point mais surtout à jauger de la lumière de chaque scène (Notons au passage que l’assistant caméra, Gregor Tavenner a fait un travail remarquable). Afin de palier à cela Richardson eut l’idée de placer un Arriflex 435 équipée des mêmes optiques à côté de la version numérique afin de pouvoir comparer l’image et faire son oeil à ce nouvel outil. Une transition qui s’est faite sans mal, ainsi au cours du tournage ce doublon fut abandonné. Richardson avouant que son oeil était capable de voir des choses qu’il n’avait pas vu auparavant et que y compris sa perception de la mise en lumière était dorénavant changée. On constate la façon dont notre métier évolue et dont les films font appel à de vieilles histoires mais aussi à de vieilles recettes pour avancer avec la technologie et non pas pour la technologie. C’est en ce penchant sur ce type d’histoire et d’anecdote que l’on comprend comment et pourquoi l’on fait un film. On est loin des films tournés en 2D et remastérisés en 3D car c’est tendance.

PS: je vous conseille la lecture de l’excellent : »La couleur retrouvée du voyage dans la Lune de Georges Méliès » par Gilles Duval et Séverine Wemaere  qui raconte la restauration du film par les fondations Technicolor et Groupama Gan.

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