Emmanuel Hiriart- Directeur de la Photographie

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Prendre l’air (épisode 0), le pilote

Pas facile de reprendre l’écriture de ce blog lorsque l’on a accumulé trop de jours à se dire qu’il faudrait vraiment faire quelques mises à jour, mais voilà le temps n’est pas un allié solide lorsque l’on travaille il a l’air de filer à l’anglaise plus vite encore. Alors revenir oui mais pour raconter quoi? Autant le dire je n’ai pas été déçu des mise à jour de chez Red, de la nouvelle Amira mais plus que tout c’est vers le tournage aérien que va se tourner ce billet (et peut être les suivants) dans la mesure où cela nécessite beaucoup de patience et de technique mais une fois maitrisée le pilotage d’un engin puissant et bien équipé (retour vidéo, tête vidéo stabilisée, caméra 4K) cela devient un plaisir d’aller tourner de belles images au dessus des clochers et des mosquées, sur l’eau ou dans les montagnes les plus reculées.

Behind the scene_Drone

 

Alors bien sur ça n’est jamais facile d’obtenir les autorisations pour tourner au Liban notamment mais honnêtement je jeu en vaut la chandelle car en quelques mois j’ai eu le plaisir de voir le pays sous un angle neuf et de le redécouvrir depuis le ciel, tout en gardant les pieds au sol, une variante un peu moins chère et moins polluante de la terre vue du ciel d’une photographe célèbre.

Ce fut Baalbeck, Beyrouth, Le Mont Liban, le Chouf, et comme de nombreux projets arrivent y compris plus à l’est dans le Moyen Orient je vous raconterai sous un angle un peu technique ces quelques aventures où l’on part avec sa caméra et sans trépieds.  D’autant plus que filmer en 4k peut sembler parfois compliqué mais quand on rajoute à cela un pilotage de la caméra par deux télécommandes cela mérite quelques anecdotes et de bien connaitre son matériel. Pour ma part comme vous pouvez le voir j’ai opté pour un Spreading Wings DJI S1000, ce qui se fait de mieux à mon sens pour y loger un 5D, un Lumix GH4 ou une Scarlet.

Comme je compte bien ne pas m’arrêter en si bon chemin je vais chercher des productions pus au nord et plus à l’est donc si vous êtes intéressé par ce type de tournage quelque soit la destination contactez moi, ce sera avec plaisir. Et je ne doute pas que ce récit à venir va être utile à de nombreux chef op qui n’ont pas encore tenté l’expérience, car cela nécessite tout de même un brevet de pilote et quelques connaissances.

scarlet in the air

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La tueuse de HDSLR? Complément d’information.

Je disais dans mon post précédent que la petite caméra de Blackmagic Design serait une « tueuse » de 5D et autres C300 parce que notamment elle enregistrait en RAW en interne et qu’en cela elle remplaçait la Scarlet annoncée à l’époque 3K à 3.000$ par Jim Jannard. Ayant reçu beaucoup de commentaires depuis cet article je reviens sur ces deux informations car je vous dois des explications sur la forme comme sur le fond. Tout d’abord j’ai eu la chance de pouvoir tourner avec bon nombre de caméras existantes depuis le HI8 et l’Umatic, le DV et le Beta alors qu’en parallèle j’apprenais à manier du film 35 et 16mm sur des Arri et autres Panavision.

J’ai été comme beaucoup d’entre nous choqué et intrigué par la sortie de la Red One qui annonçait un bouleversement notable dans nos métiers en cela que le numérique pouvait faire jeu égal pour un budget bien moindre avec la pellicule. Très vite j’ai eu l’occasion de pouvoir utiliser l’engin sur des tournages et le voir évoluer ainsi que son workflow qui reste souvent méconnu des gens pressés de vouloir tourner en Red sans en connaitre la face cachée. A mon sens cela vient du fait que l’on a à faire d’une part à des clients qui ne connaissent rien à nos métiers mais on entendu parler ici ou là de la machine qu’ils veulent donc utiliser sur leur tournage (pub, clip…) voire des utilisateurs bercés au seul son du numérique qui pense non seulement rivaliser mais dépasser la qualité de la pellicule qui serait à l’image d’un film en noir et blanc d’une autre époque… À coté de ce développement à gros budget s’instaurait celui du HD, après un court passage par le presque HD à 720p, et surtout celui des médias à mémoire qui enterraient les bandes et les cassettes. Pour autant même si les modèles HVX de Panasonic ou XDCam « cinéalta » de Sony étaient alors utilisés dans quelques films (REC, District 9… aux cotés de RED notamment ) cela restait de bonnes caméras pour un format télévision mais le capteur et les codecs semblaient un peu juste pour une exploitation autre.

À cela est venu s’ajouter une petite trouvaille du secteur photographie recherche et développement de Canon qui arrivait à filmer avec son appareil au capteur CMOS full frame ou APS. Dès lors et malgré la piètre qualité du codec et donc du résultat final (moiré, aliasing et autres rolling shunter, le tout en H264) le petit gadget envahissait nos tournages et devenait même un must have. Aujourd’hui si l’on sait utiliser ces machines correctement (quand elles sont utiles) on peut faire de belles images je n’en doute pas mais l’ergonomie et l’horreur du codec nous font souvent regretter une caméra d’épaule Beta numérique. Voilà pourquoi la sortie de la petite blackmagic ou de l’ikonoskop me semble une bonne nouvelle, en cela que si le capteur est plus petit que les dslr de Canon, mais assez proches du GH2 de Panasonic, au moins on peut obtenir un fichier RAW nativement et travailler en 2,5K dans la cas de la blackmagic (Ikonoskop se limitant à du 1080P). Je rappelais que seul RED possède le brevet pour utiliser nativement du RAW sur ses caméras, c’est toujours vrai en cela que Arri doit utiliser un enregistreur externe pour accéder au saint graal et que nos petits amis cités plus haut se limitent au format 12 bits CineDNG d’Adobe.

Alors en quoi cette petite machine au look un peu rétro peut elle tuer malgré ses défauts (batterie intégrée et absence d’entrée XLR…) le HDSLR?

Le codec tout d’abord et bien meilleur rien à dire, il n’y a qu’à utiliser du RAW pour ne plus vouloir revenir à autre chose et le DNG est bon, de toute façon il est incomparable avec du H264 8 bits 4:2:0. Et pour ceux qui le 4:2:2 10 bits suffit ils auront le choix entre des fichiers AVid ou FinalCut dans un Codec reconnu par toutes les plateformes de post production.

Les métadonnées et l’apparition de mots clés, bien pratique et plus encore lorsque l’on passe en post production. L’enregistrement interne sur des SSD de 2,5 pouces de moins en moins chers.

La monture EF et ZF qui donne accès aux optiques abordables.

L’ultrascope en Thunderbolt, un plus qui change la vie lorsque l’on veut monitorer ses images de manière plus réaliste que sur un simple écran de 5D.

Le capteur serait, aux dires de nombreux commentateurs, un point à mettre dans la colonne des moins. Pourtant il permet une dynamique de 13 Stops dans l’image et contrairement aux idées reçues il ne s’agit pas d’un capteur au format 16mm, le BMD est supérieur et se situe entre un super 16mm et celui qui équipe un GH2. Il s’agit donc plutôt d’un 4/3 de pouce.

Le format d’image de 2,5K se situe en réalité en dessous du 2K en cela qu’il est plus étendu mais donc moins haut. On est bien loin du 4K qui reste de toute façon bien loin du 35mm voire de l’Imam. On dispose d’un format certes atypique mais assez proche de ce que l’on pourra diffuser avec les normes numériques qui s’imposent à nous dans le salles de cinéma qui ont investie dans des projecteurs 2K.

Certains commentateurs me rappellent que j’annonçais une norme à 4K dans les années à venir, je le pense toujours mais je sais aussi que depuis que je tourne en RED et en Alexa nombre de productions se satisfont d’une simple HD pour des raisons de budget tant au tournage qu’en post production. Pour conclure si je suis amené à décliner l’utilisation de cette caméra ce sera pour des raisons d’ergonomie ou de batterie mais pas pour des raisons de qualités de son capteur ou de son codec, je reste favorable à des caméras petits budgets plutôt qu’à des machins peu pratique et ressemblant à des arbres de noel pour filmer en 4K mais… Je n’oublie pas que le Film n’a pas encore de concurrent direct en tournage et en diffusion du moins dans les normes qui nous sont proposés aujourd’hui par l’industrie.


A Day at The Races

Voici donc le film court sur l’hippodrome de Beyrouth, tourné avec un 5D et différents « pictures profils » afin de les tester et de pouvoir les comparer. La colorisation s’est faite dans Color et dans Da Vinci Resolve. Il y a donc plusieurs versions du même film sur une même musique afin d’être capable de choisir le meilleur réglage et de faciliter la post production pour les tournages futurs qui pourraient encore se passer sur une caméra Canon.

 

 


Révolution numérique?

Lorsque la RED est sortie je me souviens que les discussion autour de moi tournaient surtout sur la taille du capteur et sur le format 4K qui allait avec. Rares étaient les commentaires sur l’ergonomie ou les quelques défauts de la caméra, même si les premières versions chauffées au point de nécessiter des « bains » de glace entre deux prises. Le prix de la bête faisait oublier bon nombre de ces problèmes et puis le modèle économique et l’ambiance de la société et de son président, Jim Jannard, notamment faisait que ce « work in progrès » devenait une règle. Alors que ce milieu était jusque là (à mon sens) très fermé et conservateur il s’ouvrait à une mentalité qui lui faisait accepter de tourner avec une caméra peu stable à ses début et dont la qualité d’encodage de ses fichiers n’étaient pas tout à fait ce qui était promis à la base. Tout cela pour être monté dans le train de la révolution en marche, encore fallait il prendre le bon train.

Car vous savez quand deux trains sont à quai et que l’un démarre les passagers de l’autre toujours au point mort ont l’impression que ce sont eux qui se déplacent. Cette impression, que j’appellerai l’illusion d’une révolution, se répandit un peu partout dans le monde de l’image. On ne parlait plus que de cela et le simple fait de tourner avec ce nouveau type de caméra faisait presque que l’on devait aller voir tel ou tel film. Pourtant tout ce qui bouge n’est pas rouge et parfois le rouge ne fait pas à lui seul une révolution.

Ensuite vint le temps des moins fortunés qui eurent enfin aussi accès à des caméras « que l’on monte soit même » et qui donne l’illusion que l’on a tourné avec une vrai caméra sauf si l’on y regarde de plus prêt. Canon en effet sortait presque malgré lui un hdslr, la 5d qui pouvait faire des fichiers vidéos et les encoder en H264, un format qu’on employait alors pour mettre son showreel sur internet ou pour encoder des films pour son ipod, je plaisante à peine. J’aimerais aussi rappeler qu’au départ tout était quasiment automatique, même si Canon ou Magic Lantern ont sur faire évoluer le firmware de ce très bon appareil photographique. Mais il n’y a toujours rien d’acceptable pour contourner cet encodage (pas de sortie celant via le hdmi) ou pour pouvoir l’utiliser sans que la petite bête ne devienne un mécano ou un jeu de Lego selon qu’on est plus brique ou bout de ferraille.

Aujourd’hui RED et Canon nous promettent, le même jour, une annonce qui va changer le monde de l’image digitale, et le 3 novembre je n’en doute pas, moi aussi  je ferai un petit mot pour m’émerveiller (tout ou partie de moi même, je le sais, sera subjuguée). Pourtant ces effets d’annonce depuis la Californie (et notamment le retard important prit par les gens de chez RED) devraient nous faire réfléchir sur la prochaine vraie révolution que nous utilisateurs de caméras voulons voir arriver.

Si je ne renie pas mon plaisir à tourner avec la RED One et plus récemment avec la Epic, ni même d’avoir était bluffé par quelques plans à la 5d, voire avec un Olympus Pen 1, notamment dans quelques films comme « Black Swan » (Matthew Libatique, scène dans le métro),  « Secretariat » (Dean Semler, plan rapproché de chevaux en pleine course)) ou « Road to Nowhere » de Monte Helman. Pour autant cette course aux gros capteurs et aux résolutions démesurées, me rappellent un peu la course à l’armement du temps de la guerre froide. En se figeant sur des chiffres ont en oublie le design et donc l’utilisation de notre outil de travail. (Et je ne veux pas aborder ici l’absence de scénario sous prétexte que le film est en relief) Pour avoir du tourner à nouveau avec une 5d le long d’un champ de course hier encore, je vous le dis, autant j’ai du plaisir à faire des photos HDR avec mon Canon, autant tourner des images vidéos est un calvaire qui relève du masochisme, même avec des équipements venant « aider » à la tâche.

D’autant plus qu’une autre révolution, un peu plus ancienne, pas si vieille que cela tout de même, nous permet de travailler sur des ordinateurs simples et efficaces avec une pomme dessus et de profiter d’outils de montage et de post production à la portée de presque tous et dont les capacités n’ont fait qu’étendre notre créativité depuis la version 1.0 de finalcut pro (sous l’ère de mac os 9) et de ses acolytes, color et motion pour ne parler que d’eux.

J’étais jusque là sous le charme de ces outils et de leurs possibilités, je ne me plaignais même que très rarement de leurs défauts et de leurs prix, l’industrie me permettait de rentabiliser mes G3 bleu et verts ou G4 titanium. Puis est venu finalcut pro X et avec lui un « appstore » où je sens que de créatif à qui l’on propose des outils de travail dans un environnement joli et efficace, je suis devenu peu à peu un simple consommateur d’une usine à faire des ipad/pod/phone mais de moins en moins des ordinateurs. Il y a même des gens qui vont me dire qu’avec un ipad j’ai un ordinateur et en plus une sorte de moniteur externe pour mon 5D et qu’en plus je pourrai monter le tout sur imovie, pardon finalcut X.

Désolé mais ça n’était pas tout à fait ce pourquoi j’avais signé au début de la « révolution ». Je pensais qu’on irait vers autre chose permettant plus de souplesse et à des moindres cout que le film 35 mm mais avec la même qualité de finition, mais non, on nous a fait le coup des compagnies « low cost » et nous sommes montés dans les « usines à gaz » en nous félicitant de la bonne affaire. Le prix réel de la chose aura été de fermer les yeux sur notre réalité de notre métier dans ces conditions là.

Au jour où j’écris ces lignes il y a pourtant quelques contres exemples et qui malheureusement confirme cette règle. La Arri Alexa, qui est superbe et d’une simplicité d’utilisation, mais à qui l’on reproche la manque de résolution. Et la A-Cam dII de Ikonoskop qui avec son capteur de 16mm souffre aussi des mêmes critiques. Je peux entendre certains me disant que le cout de la Arri la limite à de riches productions. Mais pourquoi y aurait-il un engouement si fort autour des hdslr et à l’inverse la petite caméra Suédoise dont le capteur Kodak CCD 16mm assez efficace, enregistre en RAW 12 bits au format CinemaDNG, souffrirait d’un silence cruel notamment au près de son coeur de cible, les petites réalisations indépendantes. Rien dans son fonctionnement ou son mode de distribution, dans la qualité de ses images ou dans son prix (moins de 8000 euros) ne justifient qu’on lui préfère un appareil photographique, et pourtant… D’autant que beaucoup de belles réalisations cinématographiques actuelles sont toujours tournées en 16mm (Benjamin Button, Black Swan, pour ne citer qu’eux)

Alors le 3 novembre prochain en Californie on nous annoncera surement du 4K, des capteurs surdimensionnés et d’autres mots qui font rêver mais en réalité nous le savons tous, nous ne rêvons pas d’une caméra contre productive, que nous devons changer tous les 3 ans et peu utilisable, nous voulons parce que nous sommes révolutionnaires, un outil de travail simple et efficace, le moins cher possible et le plus ouvert sur le monde qui nous entoure, à nous de faire le reste, à nous de le faire savoir.

Enfin pour finir en ces temps d’espionnage industriel avéré ou pas chez RED, il semble que la grosse annonce du 3 novembre concerne surtout un projecteur 4 K a technologie Laser qui diffusera du 2D ou du 3D. L’information me venant de gens de Element Technica qui semblent plus que sous le charme de l’engin. A suivre pour une nouvelle révolution?