Emmanuel Hiriart- Directeur de la Photographie

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Autopromotion

Je profite du NAB 2013 pour faire un peu d’autopromotion du travail que j’ai pu effectuer ces derniers temps notamment pour des télévisions et clients au Moyen Orient mais aussi en Europe. Ces images proviennent de quelques beaux voyages à Singapour avec Benny Ong, à Jakarta, en Europe du nord ou de l’est, à Paris pour des timelapses , au Liban, dans des camps de réfugiés avec l’UNRWA  et jusque sur quelques plages Cannoises aussi avec Clémence Poesy.  Dans le déluge d’annonce du salon mondial de Las Vegas dont je promets de faire prochainement un petit compte rendu et une analyse des tendances voilà un peu de nostalgie et un retour sur un peu plus d’un an de travail et de rencontres.


Le mythe et la révolution forcée du tout numérique.

L’actualité des salles et des sorties cinéma a su faire le point au moment du festival de Cannes et à la lecture de quelques études voilà un triste constat.

Je rappelle donc que je parlais de la mort des laboratoires français spécialisés dans le traitement des bobines de polyester que l’on appelle film. Ainsi le groupe Quinta et sa filiale LTC licenciait ses 150 salariés au prétexte de l’évolution de la profession et du passage autour numérique qui rendait son activité inutile et de toute façon déficitaire (du fait aussi des lourdes factures en suspend de la part des principales productions françaises).

En parallèle de cela on nous promettait une baisse des couts de copie des films grâce qui devait permettre une plus large diffusion. Effectivement on devait passer de 1000€ à 100€ par copie. Pourtant toutes les études nous montre que les couts réels semblent être bien différents. Ainsi le prix d’une copie numérique semble plutôt se situer entre 100 et 200€. Mais surtout à cela vient s’ajouter le prix du projecteur numérique, qui en plus de limiter la diffusion à du petit 2K nécessite un contrat de maintenance qui jusqu’alors était la fonction du projectionniste. Les lampes de ces projecteurs dont j’ignore le prix, doivent être changées tous les 7 ans contre 30 ans du temps du 35mm. Enfin il a fallu aux salles de projection envisager de nombreux travaux (climatisation, agrandissement, tableau électrique, raccord ADSL voire installation d’une antenne satellite) pour se mettre aux normes et je ne parle pas là de vouloir passer à de la diffusion 3D stéréoscopique.

Me basant sur des études européennes indépendantes mais surtout sur celle commandité par le lobby des diffuseurs aux USA  (Motion Picture of America) il ressort que le cout moyen par salle se situerait autour de 80.000 euros (le seul cout du serveur et du projecteur 2K serait de 60.000 Euros). On comprend par avance que les petites structures n’auront jamais un telle somme à disposition pour investir dans la diffusion de films, ce qu’elles faisaient déjà depuis fort longtemps avec la technologie mécanique du 35mm.  Les grands multiplexes bien aidé par la vente de popcorn et les films à succès pourront eux faire le grand saut et l’objectif du tout numérique pour 2014 sera donc tenu peu importe les résistants ou les moins fortunés. Ainsi le groupe Pathé qui détient 740 écrans en France serait en train d’investir 150 millions d’euros pour la production et la rénovation de salles soit plus de 200.000 Euros par salle.

De cette « numérisation à marche forcée » dont parlait les Cahiers du Cinéma en juillet 2011 on voit aussi que l’ensemble des débats a été épuré des questions de qualité de projection. Quid des projections en 4K et 8K pour se hisser au même niveau de résolution que le 35mm? Quid des choix sur la nature et la qualité des écrans, de la luminescence des projecteurs… Mais surtout pas un mot sur le fait que la seule solution d’archivage proposée par ce nouveau système sera… une copie 35mm. Du moins en France où cette opération est encore nécessaire pour le dépôt légal par le CNC.

S’ajoute encore une question celle des choix de programmation et des mesures de rétorsions de la part des distributeurs qui via le système de téléchargement et surtout la clé d’activation du film numérique (KDM Key delivery message) qui met en place un moyen de vérification et contrôle des heures et du nombre de projection par la salle.

En effet si le distributeur a su se placer dans une position de force mais aussi instaurer un nouveau modèle économique à son avantage et créant ainsi un nouvel acteur, à deux têtes le tiers collecteur ou le tiers investisseur (entité économique qui permet le financement d’une installation numérique et qui redistribue aux exploitant les « Frais de copies virtuels » (VPF) qui sont le fruit d’une part des économies que les distributeurs réalisent eux lors du passage au numérique (copie physique, transport, stockage…)

On a vu se créer des intermédiaires qui ont pu bénéficier de cette manne financière de redistribution mais aussi dans bien des cas notamment en France des aides publiques nationale ou régionale qui vont aussi tenter de permettre cette transition technique aux 5.400 salles de cinéma du pays (ce qui place la France au quatrième rang mondial derrière les USA, l’Inde et la Chine) diffusant 575 films pour les seules sorties de l’année 2010.

Le cas de la France est un peu à part et, sans rentrer dans le détail, on peut dire ici que l’Europe s’est faite sans harmoniser du tout « son » cinéma. Ainsi l’on va de la Norvège où la grande majorité des salles sont municipales, à l’Allemagne qui aide la production par notamment, une taxe spécifique sur le chiffre d’affaire des exploitants, à l’Espagne qui dans le domaine est très peu portée sur l’aide à la création et à la diffusion d’oeuvres qui ont surtout du succès à l’étranger. Pourtant tous ces pays vont passer d’ici à 2014 au tout numérique et tous vont avoir recours aux intermédiaires et aux distributeurs pour se mettre aux normes décidées par ces derniers.

Il existe bien sur de nombreux moyens pour restructurer ce secteur, mais les règles de la concurrence étant valables partout et pour tous, ce ne furent pas les projets de mutualisation ni même celui favorisant le recours à des logiciels libres qui finiront par être choisi.  Ces institutions privées et plutôt spécialisées dans le seul financement vont dès lors jouer un rôle prépondérant auprès de l’industrie du film. Si l’on peut noter la grande rapidité avec laquelle s’est mise en place ce nouveau « champ organisationnel », il faut surtout y voir une opportunité économique d’un coté, aidé sur le plan « technique » par le mythe de la 3D stéréoscopique et du tout numérique relayés notamment par des leaders d’opinion qui ont su argumenter les avantages supposés (souplesse, innovations, facilités, coût…) du tout numérique en oubliant de préciser le sort réservé aux professionnels, (un projectionniste sera désormais un « téléchargeur » en charge de 4 à 10 salles), aux petites salles, aux films 35mm et à l’archivage de ces supports numériques estimés tout au plus à 5 ans selon les normes actuelles de l’industrie.

Amusant, lorsqu’après un tel bilan, on à la chance de lire une interview de Christopher Nolan, qui refuse de passer, lui, au numérique lors de ses tournages préférant le 35mm voire le procédé IMAX qui malheureusement seront bien à l’étroit dans une salle équipée selon la norme 2K. Vous me direz que Sony vient d’annoncer un projecteur 4K (SRX-515) permettant la 2D ou la 3D et étant compatible avec les futurs films tournés à 48 images par seconde? Oui mais à ce jeu là que deviennent les salles déjà équipées, elles rachètent un projecteur tous les deux ans lorsque l’industrie du film change de format de tournage?

Ah oui j’oubliais dans les avantages que les lobbys ont su nous vendre pour accueillir le mirage/miracle du numérique, l’un d’entre eux fut que les programmes d’avant séance seraient alors plus faciles à diffuser selon les heures et les films, le public  concerné… J’ai cru un instant qu’ils parlaient de courts métrages comme au temps de mon enfance, mais je pense qu’il s’agissait en fait de publicité ciblée. Naïf que je suis.


La tueuse de HDSLR? Complément d’information.

Je disais dans mon post précédent que la petite caméra de Blackmagic Design serait une « tueuse » de 5D et autres C300 parce que notamment elle enregistrait en RAW en interne et qu’en cela elle remplaçait la Scarlet annoncée à l’époque 3K à 3.000$ par Jim Jannard. Ayant reçu beaucoup de commentaires depuis cet article je reviens sur ces deux informations car je vous dois des explications sur la forme comme sur le fond. Tout d’abord j’ai eu la chance de pouvoir tourner avec bon nombre de caméras existantes depuis le HI8 et l’Umatic, le DV et le Beta alors qu’en parallèle j’apprenais à manier du film 35 et 16mm sur des Arri et autres Panavision.

J’ai été comme beaucoup d’entre nous choqué et intrigué par la sortie de la Red One qui annonçait un bouleversement notable dans nos métiers en cela que le numérique pouvait faire jeu égal pour un budget bien moindre avec la pellicule. Très vite j’ai eu l’occasion de pouvoir utiliser l’engin sur des tournages et le voir évoluer ainsi que son workflow qui reste souvent méconnu des gens pressés de vouloir tourner en Red sans en connaitre la face cachée. A mon sens cela vient du fait que l’on a à faire d’une part à des clients qui ne connaissent rien à nos métiers mais on entendu parler ici ou là de la machine qu’ils veulent donc utiliser sur leur tournage (pub, clip…) voire des utilisateurs bercés au seul son du numérique qui pense non seulement rivaliser mais dépasser la qualité de la pellicule qui serait à l’image d’un film en noir et blanc d’une autre époque… À coté de ce développement à gros budget s’instaurait celui du HD, après un court passage par le presque HD à 720p, et surtout celui des médias à mémoire qui enterraient les bandes et les cassettes. Pour autant même si les modèles HVX de Panasonic ou XDCam « cinéalta » de Sony étaient alors utilisés dans quelques films (REC, District 9… aux cotés de RED notamment ) cela restait de bonnes caméras pour un format télévision mais le capteur et les codecs semblaient un peu juste pour une exploitation autre.

À cela est venu s’ajouter une petite trouvaille du secteur photographie recherche et développement de Canon qui arrivait à filmer avec son appareil au capteur CMOS full frame ou APS. Dès lors et malgré la piètre qualité du codec et donc du résultat final (moiré, aliasing et autres rolling shunter, le tout en H264) le petit gadget envahissait nos tournages et devenait même un must have. Aujourd’hui si l’on sait utiliser ces machines correctement (quand elles sont utiles) on peut faire de belles images je n’en doute pas mais l’ergonomie et l’horreur du codec nous font souvent regretter une caméra d’épaule Beta numérique. Voilà pourquoi la sortie de la petite blackmagic ou de l’ikonoskop me semble une bonne nouvelle, en cela que si le capteur est plus petit que les dslr de Canon, mais assez proches du GH2 de Panasonic, au moins on peut obtenir un fichier RAW nativement et travailler en 2,5K dans la cas de la blackmagic (Ikonoskop se limitant à du 1080P). Je rappelais que seul RED possède le brevet pour utiliser nativement du RAW sur ses caméras, c’est toujours vrai en cela que Arri doit utiliser un enregistreur externe pour accéder au saint graal et que nos petits amis cités plus haut se limitent au format 12 bits CineDNG d’Adobe.

Alors en quoi cette petite machine au look un peu rétro peut elle tuer malgré ses défauts (batterie intégrée et absence d’entrée XLR…) le HDSLR?

Le codec tout d’abord et bien meilleur rien à dire, il n’y a qu’à utiliser du RAW pour ne plus vouloir revenir à autre chose et le DNG est bon, de toute façon il est incomparable avec du H264 8 bits 4:2:0. Et pour ceux qui le 4:2:2 10 bits suffit ils auront le choix entre des fichiers AVid ou FinalCut dans un Codec reconnu par toutes les plateformes de post production.

Les métadonnées et l’apparition de mots clés, bien pratique et plus encore lorsque l’on passe en post production. L’enregistrement interne sur des SSD de 2,5 pouces de moins en moins chers.

La monture EF et ZF qui donne accès aux optiques abordables.

L’ultrascope en Thunderbolt, un plus qui change la vie lorsque l’on veut monitorer ses images de manière plus réaliste que sur un simple écran de 5D.

Le capteur serait, aux dires de nombreux commentateurs, un point à mettre dans la colonne des moins. Pourtant il permet une dynamique de 13 Stops dans l’image et contrairement aux idées reçues il ne s’agit pas d’un capteur au format 16mm, le BMD est supérieur et se situe entre un super 16mm et celui qui équipe un GH2. Il s’agit donc plutôt d’un 4/3 de pouce.

Le format d’image de 2,5K se situe en réalité en dessous du 2K en cela qu’il est plus étendu mais donc moins haut. On est bien loin du 4K qui reste de toute façon bien loin du 35mm voire de l’Imam. On dispose d’un format certes atypique mais assez proche de ce que l’on pourra diffuser avec les normes numériques qui s’imposent à nous dans le salles de cinéma qui ont investie dans des projecteurs 2K.

Certains commentateurs me rappellent que j’annonçais une norme à 4K dans les années à venir, je le pense toujours mais je sais aussi que depuis que je tourne en RED et en Alexa nombre de productions se satisfont d’une simple HD pour des raisons de budget tant au tournage qu’en post production. Pour conclure si je suis amené à décliner l’utilisation de cette caméra ce sera pour des raisons d’ergonomie ou de batterie mais pas pour des raisons de qualités de son capteur ou de son codec, je reste favorable à des caméras petits budgets plutôt qu’à des machins peu pratique et ressemblant à des arbres de noel pour filmer en 4K mais… Je n’oublie pas que le Film n’a pas encore de concurrent direct en tournage et en diffusion du moins dans les normes qui nous sont proposés aujourd’hui par l’industrie.


De Méliès à Scorsese.

L’académie des Oscars vient de remettre ses statuettes et notre ami Martin Scorsese repart les mains pleines notamment grâce à son directeur de la photographie, Bob Richardson. Celui-ci, jusque là très réputé pour son utilisation des contre jours très marqués, technique très utile en film afin de détacher le sujet du décor en augmentant ainsi le contraste et en jouant sur la netteté du personnage que l’on filme. On aurait pu croire que cette technique prendrait fin avec la 3d dont justement le procédé consiste à détacher le sujet de son décor en le plongeant dans un effet perspective. Richardson nous montre là que les vieilles recettes s’appliquent encore au nouveau mode de tournage.

En parallèle de cela c’est peut être aussi le sacre de la Alexa de Arri malgré les scandales de plagiats et de brevets dérobés qui ont courus l’année passée.

Bob Richardson qui avait déjà officié sur JFK ou Aviator, tournait là son premier film en 3D relief. Il a choisit la Alexa et 3 sets complets de chez Cooke à savoir les 5/i, S4/i et Panchro/i,  Le choix s’est porté sur  Cooke pour deux raisons. Celle de disposer d’ouverture rapide mais aussi de bénéficier des métadonnées (/i data) qui ont aidés sur le plateau. La caméra, nativement à 800 ISO était paramètrée ici à 400 ISO afin de compenser la perte d’un diaph due au miroir du dispositif 3D. Enfin, chacun, directeur photo et réalisateur, disposait de moniteur 3D de contrôle (JVC GD-463D10 46 pouces LCD pour ceux que cela intéresse). Si j’ai pu être critique envers de nombreux films en 3D relief, Hugo a su me subjuguer notamment certains plans comme ceux à l’intérieur de la bibliothèque Sainte Geneviève à Paris où Richardson a su jouer avec la lumière si capricieuse dans cet endroit magique que j’ai fréquenté assidûment pendant mes études.

Autant le dire tout de suite le film rend hommage à Méliès et forcément j’y suis sensible. On pourra constater que l’Académie des Oscars a cette année portée son choix sur des films « hommages » aux premières heures du 7ème art. Pour autant, Richardson n’a pas voulu utiliser la Alexa pour au final donner à Hugo le « look pellicule », le choix était donc assumé, de travailler avec une caméra numérique et de rendre cet hommage sur le fond plus que sur la forme qui elle était très novatrice. Pourtant le directeur de la photographie essentiellement habitué à travailler en pellicule avait quelques craintes notamment liées au viewfinder electronic qui le faisait douter d’une part de sa capacité à faire le point mais surtout à jauger de la lumière de chaque scène (Notons au passage que l’assistant caméra, Gregor Tavenner a fait un travail remarquable). Afin de palier à cela Richardson eut l’idée de placer un Arriflex 435 équipée des mêmes optiques à côté de la version numérique afin de pouvoir comparer l’image et faire son oeil à ce nouvel outil. Une transition qui s’est faite sans mal, ainsi au cours du tournage ce doublon fut abandonné. Richardson avouant que son oeil était capable de voir des choses qu’il n’avait pas vu auparavant et que y compris sa perception de la mise en lumière était dorénavant changée. On constate la façon dont notre métier évolue et dont les films font appel à de vieilles histoires mais aussi à de vieilles recettes pour avancer avec la technologie et non pas pour la technologie. C’est en ce penchant sur ce type d’histoire et d’anecdote que l’on comprend comment et pourquoi l’on fait un film. On est loin des films tournés en 2D et remastérisés en 3D car c’est tendance.

PS: je vous conseille la lecture de l’excellent : »La couleur retrouvée du voyage dans la Lune de Georges Méliès » par Gilles Duval et Séverine Wemaere  qui raconte la restauration du film par les fondations Technicolor et Groupama Gan.


Le futur du cinéma.

2012 la fin d’un monde?

En guise de billet destiné à vous souhaiter mes meilleurs voeux pour l’année à venir me voilà retombé dans mes travers à savoir la mauvaise humeur et les prédictions de fin du monde (cinématographique mais c’est déjà ça).

En effet, fin d’année oblige je suis tombé sur toute une série d’articles ou d’analyses sur le cinéma et l’industrie tant en Europe qu’au États Unis (ce constat ne traite donc pas de l’Inde qui pourtant produit bien plus de films).

Le bilan de tout cela me laisse un gout amer et en liant les articles les uns aux autres me voilà bien obligé de vous donner mon sentiment sur la question.

Première mauvaise nouvelle, Kodak se prépare à la faillite, l’action en bourse du géant de la pellicule ne vaut pas plus qu’une petite pièce que l’on garde au fond de la poche pour resserrer une vis à pas Kodak faute de mieux.

Avec cette première info les amoureux de l’analogique, de l’argentique déjà orphelins de Ilford vont devoir amener leurs enfants dans des musées pour leur expliquer le bon vieux temps du négatif.

Mais au même moment c’est un second article qui nous annonce la fin du positif et donc de la pellicule dans les salles de projection, au profit là aussi de projecteur numériques. On nous explique que le cout d’une copie numérique est 10 fois moins chère que celle sur celluloïd. Tant pis si l’on perd le charme et la qualité, de toute façon le multiplex dans lequel vous êtes rentré se fait plus d’argent sur les popcorns que sur le film, sauf à vous taxer de quelques euros ou dollars supplémentaires car le film que vous allez voir est en 3D, voire en IMAX 3D.

 

Et avec cette annonce on touche là à un point épineux de la dernière décennie de notre industrie qui est capable du meilleur quand elle s’attache à la restauration et à la ressortie du « Voyage dans la lune » de Méliès. Mais surtout du pire quand elle nous vend sa sauce grâce à des logos sur ses affiches et quelques mensonges sur la qualité, et je ne parle pas ici de celle des « scénarios ».

Comment expliquer que cette technologie du 3D relief qui devait éviter le naufrage aux studios et aux distributeurs voire au diffuseurs devient quasiment un synonyme  de mauvaise qualité et d’arnaque à peine plus crédible qu’un placement financier pyramidal.

En effet nous savons deux trois choses sur les formats de tournages et de projections dont le fait que les films que l’on voit en salles sont souvent projetés grâce à un positif de 35mm et que lorsque l’on parle du procédé IMAX il s’agit d’un 70mm 15 perforations. Dès lors on peut avancer que la qualité minimum d’un projecteur numérique devrait être de 4k pour un équivalent 35mm et je ne sais combien (8K, voire 10K?) pour un équivalent IMAX. Mais l’on sait surtout que les salles sont en réalité équipées de projecteur 2K.

On sait aussi que les films tournés réellement dans ce format sont en fait très rares, si rares que lorsqu’il le sont, pour la plupart ils réservent ce format très couteux à quelques scènes d’actions (Batman de Christopher Nolan en est l’exemple) pour le reste les scènes « normales » étant tournées avec des caméras « normales » donc souvent à peine mieux définies que du HD 2/3 de pouces (Avatar).

On nous vend donc surtout un gonflage artificiel par un scanner d’images classiques ayant une définition d’à peine 2K. Idem pour le 3D relief la plupart des films estampillés de ce logo sont en fait tournés de manière classique en 2D puis regonflés numériquement en 3D. Ce qui fait dire à notre ami David Fincher que la technologie IMAX ne pouvait se prêter à ses films tellement il n’aimerait pas que le format de l’image change d’une scène à l’autre. Car l’IMAX se tournant avec de la pellicule 65mm capturant à l’horizontal, cela change en effet le format et donc le cadre. On en revient à ce vieux problème de diffusion des oeuvres dans un cadre différent que celui voulu par le réalisateur, comme lorsque l’on devait recadrer pour la télévision 4/3.

Donc si je fais le bilan de toutes ces nouvelles, on paye un ticket de cinéma plus cher, pour voir des films en relief voir en imax qui n’en sont pas et de toute façon on regarde un film moins bien définie qu’auparavant du fait du projecteur numérique qui se rapproche de la qualité (je plaisante à peine) d’un écran plasma dans votre salon. Ah! tout de même une bonne nouvelle, la vente des télévisions 3D ne décolle pas en occident la plupart des téléviseurs estampillés ainsi sont acquis en Chine mais très peu ailleurs malgré le consumérisme dont nous sommes capables. La faute peut être au manque de programme 3D qui vient de provoquer (fermeture annoncée le 24 janvier 2012) la fermeture de la chaine 3D de canal+  qui annonce attendre la sortie des télévisions ne nécessitant pas le port de lunettes pour regarder ses programmes.

En attendant je vais répondre à un ami qui se lance dans un projet de film en 8mm. Oui en 2012.


Une petite boite et de grands rêves.

Alors que la plupart d’entre nous attend les annonces respectives de Canon et de RED ce même 3 Novembre fut choisit par Lomo (la petite société qui fait des appareils photo analogiques amusants et en plastique) pour nous révéler son dernier petit jouet à 80$, le Lomokino. Un petit boitier équipé d’un objectif de 25mm permettant manuellement d’enregistrer presque une minute de film super 35 (144 images par rouleau contenu dans la « magicbox ») dans un format de 24mm par 8,5mm avec un shutter d’une vitesse de 1/100 et un diaph d’une ouverture maximale de F/5.6. Biensur pas de son, pas d’effet si ce n’est le pur produit de votre esprit et l’histoire que vous voudrez bien mettre en scène grâce à cette simple boite.

Outre le format et le prix qui me donne envie de l’emmener un peu partout avec moi j’ai grand plaisir à tourner plein de petites séquences et de redécouvrir le plaisir simple de la pellicule. Pas de gadget, pas de 3D, pas de technologie, pas de software couteux, pour quelques dollars de plus vous pouvez même acquérir de quoi le projeter pour vos amis. Un simple objet revenant à faire des films comme Chaplin, Eisenstein un siècle plus tard et avec moins de talent ou d’audace, mais si l’audace et le talent ne sont pas là, à quoi bon investir dans un caméra à 50.000$ ou plus?

Un peu d’histoire en relief.

Parce que c’est bien là, la question qui nous reste sur les bras, à l’heure où l’industrie cinématographique agonise et tente de nous vendre sa technologie 3D/Relief, et que visiblement le public semble assimiler le concept si c’est en 3D c’est que c’est mauvais…

Car avec la 3D il semblerait que l’industrie du cinéma au sens large s’est bien moqué de nous :

Ainsi il faut se souvenir que la « technologie » 3D date de 1893 et que les lunettes bicolores que j’ai découvert petit pour visionner le monstre du Lac Vert à la télévision servaient déjà à donner du relief aux photographies de l’époque grâce à un brevet de stéréoscopie polarisante. Lorsque le Cinématographe arrive il est alors normal que les frères Lumière filment « l’arrivée du train » selon cette méthode. Plus tard de nombreux succès notamment de Hitchcock vont reprendre ce procédé afin de donner encore plus d’impact et de spectateurs à leurs oeuvres.

Je me souviens aussi que gamin j’en ai pris plein les yeux dans les cinéma IMAX grâce à la technologie de projection alternée, et que l’arrivée du numérique va bien sur continuer sur ce chemin déjà centenaire.

Un second souffle pour l’industrie.

De nombreux grands noms du cinéma vont tenter l’expérience, le plus connu d’entre eux est surement James Cameron dont Avatar (qui est tourné en simple HD) va avoir le succès que l’on connait et faire croire à l’industrie toute entière qu’ils ont là une solution à tous leurs problèmes, piratage et manque d’audience. Il est utile de noter dès maintenant qu’il semblerait que Avatar soit aussi le film le plus piraté (en 2D) de l’histoire récente du partage de films sur internet.

A l’heure de la sortie de Tintin de Spielberg, il faut aussi revenir sur le parcours des films qui ont tout joué sur la 3D pour se faire une place au box office dans le sillage du film en trompe l’oeil de Cameron.

Le pire exemple étant surement « Le Choc des Titans » dont il est de notoriété public qu’il a été tourné en 2D puis repassé à la moulinette numérique pour se présenter à nous en relief, le scénario avait du ne pas survivre à ce procédé et la médiocrité technique du résultat a du faire fuir plus d’un spectateur. La liste est devenue longue des films que l’on ose pas aller voir (même avec ses cousins) tellement on est sur que ce sont des navets et que la 3D n’est là que pour sauver les apparences. Au prix du ticket d’entrée déjà scandaleusement élevé qui va connaitre avec ce tour de magie une inflation de 10%, on comprend que beaucoup se disent que le téléchargement fera aussi bien l’affaire.

Je ne me désespère pas d’autant plus que j’ai vu au moins deux très bons films en relief depuis cette période (la créature du lac vert reste un très bon souvenir mais je vais essayer de me consacrer à des films récents).

« Pina » de Wim Wenders et « La grotte des rêves perdus » de Werner Herzog, dans les deux cas on est subjugué par les images et l’on se dit que la technique sert l’histoire comme jamais. Je suis un fidèle défenseur du cinéma et de ses salles, du rite quasi sacré auquel on se prête en rentrant dans l’obscurité et en visionnant dans le noir et le silence un film sur grand écran. Je ne considère pas que lorsque je voyage en train ou en avion  je regarde un film sur mon petit écran ridicule et dans une ambiance tout juste bonne à rater une partie de sudoku. Voilà pourquoi je retourne au cinéma pour voir, pour regarder pour écouter, pas sur à ce titre que j’ai envie de m’équiper d’un téléviseur 3D pour visionner les dernières productions, pas sur non plus que j’ai envie de filmer en 3D sauf à avoir l’occasion de travailler avec Werner Herzog. Vous me direz qu’à l’arrivée de la couleur sur nos écrans beaucoup pensaient comme moi et que l’histoire prouve qu’ils ont eu tort? Pas si sûr au moment où je filme une petite séquence en noir et blanc sur de la pellicule 35mm sur mon LomoKino. Et ce soir j’irai voir la version « longue » et restaurée de « Métropolis »…


Révolution numérique?

Lorsque la RED est sortie je me souviens que les discussion autour de moi tournaient surtout sur la taille du capteur et sur le format 4K qui allait avec. Rares étaient les commentaires sur l’ergonomie ou les quelques défauts de la caméra, même si les premières versions chauffées au point de nécessiter des « bains » de glace entre deux prises. Le prix de la bête faisait oublier bon nombre de ces problèmes et puis le modèle économique et l’ambiance de la société et de son président, Jim Jannard, notamment faisait que ce « work in progrès » devenait une règle. Alors que ce milieu était jusque là (à mon sens) très fermé et conservateur il s’ouvrait à une mentalité qui lui faisait accepter de tourner avec une caméra peu stable à ses début et dont la qualité d’encodage de ses fichiers n’étaient pas tout à fait ce qui était promis à la base. Tout cela pour être monté dans le train de la révolution en marche, encore fallait il prendre le bon train.

Car vous savez quand deux trains sont à quai et que l’un démarre les passagers de l’autre toujours au point mort ont l’impression que ce sont eux qui se déplacent. Cette impression, que j’appellerai l’illusion d’une révolution, se répandit un peu partout dans le monde de l’image. On ne parlait plus que de cela et le simple fait de tourner avec ce nouveau type de caméra faisait presque que l’on devait aller voir tel ou tel film. Pourtant tout ce qui bouge n’est pas rouge et parfois le rouge ne fait pas à lui seul une révolution.

Ensuite vint le temps des moins fortunés qui eurent enfin aussi accès à des caméras « que l’on monte soit même » et qui donne l’illusion que l’on a tourné avec une vrai caméra sauf si l’on y regarde de plus prêt. Canon en effet sortait presque malgré lui un hdslr, la 5d qui pouvait faire des fichiers vidéos et les encoder en H264, un format qu’on employait alors pour mettre son showreel sur internet ou pour encoder des films pour son ipod, je plaisante à peine. J’aimerais aussi rappeler qu’au départ tout était quasiment automatique, même si Canon ou Magic Lantern ont sur faire évoluer le firmware de ce très bon appareil photographique. Mais il n’y a toujours rien d’acceptable pour contourner cet encodage (pas de sortie celant via le hdmi) ou pour pouvoir l’utiliser sans que la petite bête ne devienne un mécano ou un jeu de Lego selon qu’on est plus brique ou bout de ferraille.

Aujourd’hui RED et Canon nous promettent, le même jour, une annonce qui va changer le monde de l’image digitale, et le 3 novembre je n’en doute pas, moi aussi  je ferai un petit mot pour m’émerveiller (tout ou partie de moi même, je le sais, sera subjuguée). Pourtant ces effets d’annonce depuis la Californie (et notamment le retard important prit par les gens de chez RED) devraient nous faire réfléchir sur la prochaine vraie révolution que nous utilisateurs de caméras voulons voir arriver.

Si je ne renie pas mon plaisir à tourner avec la RED One et plus récemment avec la Epic, ni même d’avoir était bluffé par quelques plans à la 5d, voire avec un Olympus Pen 1, notamment dans quelques films comme « Black Swan » (Matthew Libatique, scène dans le métro),  « Secretariat » (Dean Semler, plan rapproché de chevaux en pleine course)) ou « Road to Nowhere » de Monte Helman. Pour autant cette course aux gros capteurs et aux résolutions démesurées, me rappellent un peu la course à l’armement du temps de la guerre froide. En se figeant sur des chiffres ont en oublie le design et donc l’utilisation de notre outil de travail. (Et je ne veux pas aborder ici l’absence de scénario sous prétexte que le film est en relief) Pour avoir du tourner à nouveau avec une 5d le long d’un champ de course hier encore, je vous le dis, autant j’ai du plaisir à faire des photos HDR avec mon Canon, autant tourner des images vidéos est un calvaire qui relève du masochisme, même avec des équipements venant « aider » à la tâche.

D’autant plus qu’une autre révolution, un peu plus ancienne, pas si vieille que cela tout de même, nous permet de travailler sur des ordinateurs simples et efficaces avec une pomme dessus et de profiter d’outils de montage et de post production à la portée de presque tous et dont les capacités n’ont fait qu’étendre notre créativité depuis la version 1.0 de finalcut pro (sous l’ère de mac os 9) et de ses acolytes, color et motion pour ne parler que d’eux.

J’étais jusque là sous le charme de ces outils et de leurs possibilités, je ne me plaignais même que très rarement de leurs défauts et de leurs prix, l’industrie me permettait de rentabiliser mes G3 bleu et verts ou G4 titanium. Puis est venu finalcut pro X et avec lui un « appstore » où je sens que de créatif à qui l’on propose des outils de travail dans un environnement joli et efficace, je suis devenu peu à peu un simple consommateur d’une usine à faire des ipad/pod/phone mais de moins en moins des ordinateurs. Il y a même des gens qui vont me dire qu’avec un ipad j’ai un ordinateur et en plus une sorte de moniteur externe pour mon 5D et qu’en plus je pourrai monter le tout sur imovie, pardon finalcut X.

Désolé mais ça n’était pas tout à fait ce pourquoi j’avais signé au début de la « révolution ». Je pensais qu’on irait vers autre chose permettant plus de souplesse et à des moindres cout que le film 35 mm mais avec la même qualité de finition, mais non, on nous a fait le coup des compagnies « low cost » et nous sommes montés dans les « usines à gaz » en nous félicitant de la bonne affaire. Le prix réel de la chose aura été de fermer les yeux sur notre réalité de notre métier dans ces conditions là.

Au jour où j’écris ces lignes il y a pourtant quelques contres exemples et qui malheureusement confirme cette règle. La Arri Alexa, qui est superbe et d’une simplicité d’utilisation, mais à qui l’on reproche la manque de résolution. Et la A-Cam dII de Ikonoskop qui avec son capteur de 16mm souffre aussi des mêmes critiques. Je peux entendre certains me disant que le cout de la Arri la limite à de riches productions. Mais pourquoi y aurait-il un engouement si fort autour des hdslr et à l’inverse la petite caméra Suédoise dont le capteur Kodak CCD 16mm assez efficace, enregistre en RAW 12 bits au format CinemaDNG, souffrirait d’un silence cruel notamment au près de son coeur de cible, les petites réalisations indépendantes. Rien dans son fonctionnement ou son mode de distribution, dans la qualité de ses images ou dans son prix (moins de 8000 euros) ne justifient qu’on lui préfère un appareil photographique, et pourtant… D’autant que beaucoup de belles réalisations cinématographiques actuelles sont toujours tournées en 16mm (Benjamin Button, Black Swan, pour ne citer qu’eux)

Alors le 3 novembre prochain en Californie on nous annoncera surement du 4K, des capteurs surdimensionnés et d’autres mots qui font rêver mais en réalité nous le savons tous, nous ne rêvons pas d’une caméra contre productive, que nous devons changer tous les 3 ans et peu utilisable, nous voulons parce que nous sommes révolutionnaires, un outil de travail simple et efficace, le moins cher possible et le plus ouvert sur le monde qui nous entoure, à nous de faire le reste, à nous de le faire savoir.

Enfin pour finir en ces temps d’espionnage industriel avéré ou pas chez RED, il semble que la grosse annonce du 3 novembre concerne surtout un projecteur 4 K a technologie Laser qui diffusera du 2D ou du 3D. L’information me venant de gens de Element Technica qui semblent plus que sous le charme de l’engin. A suivre pour une nouvelle révolution?


La planète des Singes

Vous apprendrez très vite que je suis un fan inconditionnel de science-fiction, pour autant n’ayez crainte, ce site ne va pas devenir un blog dédié à ce thème. Mais il pourra m’arriver de vous faire part de quelques lectures qui m’accompagne sur des tournages lointains, mais plus encore des films passés ou à venir dont le sujet est donc science-fictionnesque. Le dernier en date que j’ai vu, « The rise of planet of the Apes » me permet surtout de parler de sa partie post production notamment en vous indiquant un excellent article de FxGuide (comme souvent) qui met en avant le travail de deux des nombreux studios ayant travaillé sur le film, Image Engine et Pixel Liberation Front.

http://www.fxguide.com/featured/rise-of-the-previs/

Le seul nom de ce dernier studio méritait bien que je vous fasse un petit topo sur leur travail, car les pixels comme tant d’autres choses que nous manipulons toute la journée méritent bien un front de libération.

Mais pour en revenir à nos Singes on est désormais bien loin de l’oeuvre de Pierre Boule (1963) que j’avais pu lire dans ma jeunesse, et l’on s’est aussi éloigné des différentes adaptations pour le cinéma ou la télévision qu’à connu le roman. Au total pas moins de 7 longs métrages depuis 1968 dont ce dernier en date mais aussi celui de Tim Burton en 2001. Une série animée de 13 épisodes pour la NBC et une série télévisée  de 14 épisodes que j’avais vu enfant sur une chaine française, et que j’ai revu il y a peu grâce à des sites de fans et aux sites de partage de films (est ce encore un sujet tabou?).

On s’est donc éloigné du discours du romancier dans lequel les singes à force d’évolution parvenaient à dépasser l’homme et pas seulement à le singer. Pour autant le film m’a moins désenchanté que la tentative de Tim Burton et celle un peu trop psychédélique de Ted Post en 1970, où une secte de singes voue un culte à la bombe nucléaire. Surement un peu trop marqué par son époque à la fois guerre froide et acides.

Ici le pari était plus technologique dans la mesure ou les animaux sont tous réalisés en 3d (je ne parle pas là de film en relief ) et c’est donc le studio de Venice en Californie, pixel liberation front qui s’est, avec une multitude de studios hollywoodiens, collé à la tâche. Plutôt bien fait. Mais on avait déjà trouvé nos amis au générique de Iron Man 1& 2, Avatar, Green Lantern ou Terminator Salvation, I-Robot et Matrix pour les plus anciens.